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D’une semaine sur l’autre, de grands intervenants de la place révèlent leur politique d’investissement par classes d’actifs et zones géographiques
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L’année 2020 sera-t-elle un aussi bon cru que 2019 ? Sans trop nous avancer, il sera probablement difficile de rivaliser avec les résultats exceptionnels enregistrés l’année dernière.  Exceptionnels de par la performance stellaire des actions (près de 30 % pour le MSCI World), mais aussi parce que les valeurs refuges, telles que les obligations souveraines ou l’or, ont elles aussi affiché des performances positives.

Toute la question est de savoir si cette tendance haussière perdurera en 2020. Du côté des fondamentaux tout d’abord, la récession aux Etats-Unis a certes été évitée, mais la croissance reste modeste. Le climat de guerre commerciale a pesé sur les échanges mondiaux et sur le secteur industriel, qui est entré en récession l’année dernière.

La réduction des incertitudes politiques, qu’il s’agisse de la signature de la phase 1 de l’accord commercial entre les Etats-Unis et la Chine, ou bien l’écartement d’un risque de hard Brexit devrait permettre un raffermissement progressif de la croissance sur le premier semestre. L’impact favorable de conditions financières toujours accommodantes (baisse des taux de la Fed, accroissement du bilan de la BCE…) devrait aussi se faire sentir.

Néanmoins, la reprise reste modeste, et en conséquence, fragile. Le consensus des prévisionnistes converge ainsi vers un taux de croissance anticipé pour 2020 de l’ordre de 3,1 % pour l’économie mondiale, soit légèrement en dessous du niveau de la croissance potentielle. Un choc exogène, tel que l’épidémie de Coronavirus, dont l’impact est aujourd’hui encore difficile à estimer, pourrait ainsi facilement faire basculer l’économie mondiale dans un scénario défavorable. Les profits des entreprises, qui ont déjà marqué le pas l’année dernière avec deux trimestres de contraction consécutifs, en seraient sans aucun doute affectés.

Simultanément, les valorisations des entreprises restent tendues, notamment aux Etats-Unis, où les multiples sur le S&P 500 s’établissent à plus d’un écart type de leur moyenne historique en ce début d’année. Cette cherté est évidemment encore plus marquée sur les valeurs technologiques ou de croissance.

Finalement, il nous semble que le risque politique ne doit pas non plus être totalement écarté. Les tensions entre la Chine et les Etats-Unis se sont apaisées, mais cela pourrait n’être qu’une trêve. Il est difficile d’ignorer que l’antagonisme entre ces deux puissances est très certainement structurel. Il pourrait donc rapidement refaire surface, alors que l’Europe, pour sa part, est prise entre les tirs croisés. L’élection présidentielle américaine doit évidemment elle aussi être surveillée, avec des candidats qui, pour certains, ont des programmes ouvertement anti-libéraux pouvant déplaire aux marchés financiers.

Dans ce contexte, il nous semble plus prudent de rester globalement neutre sur les actions. Le potentiel haussier nous semble limité, alors même que les risques restent présents. En revanche, la présence des banques centrales reste rassurante. En conséquence, nous cherchons à profiter des à-coups de volatilité, tels que ceux générés par les craintes liées à l’impact du Coronavirus afin de profiter de points d’entrée plus attractifs. En termes relatifs, et en prenant une optique de plus long terme, nous avons d’ailleurs tendance à privilégier la zone émergente, qui reste peu chère et soutenue par des politiques accommodantes.

Dans cet environnement où les risques baissiers sont encore présents, nous préférons la dette souveraine nord-américaine à la dette européenne. En effet, la réserve fédérale est encore en capacité de baisser les taux en cas de choc sur la croissance, alors qu’il sera difficile pour la BCE d’ancrer encore d’avantage les taux en territoire négatif sans fragiliser durablement le système financier. En dépit de spreads maintenant très serrés, nous continuons par ailleurs de surpondérer le crédit entreprise qui devrait, dans un environnement de taux toujours bas, continuer de bénéficier de l’attrait des stratégies de portage.