L’or reprend du poids sur les marchés pour des raisons fondamentales

Fabrice Anselmi
Les achats d'or physique commencent de nouveau à tirer les prix du métal précieux.
(Pixabay)

L’or ne cesse de briller depuis le 30 mars. Le cours de l’once est passé de 1.685 à 1.840 dollars (+9%), avec encore un rebond la semaine dernière, pour des raisons fondamentales autant que financières. La banque centrale de Chine (PBoC), qui avait importé peu d’or en 2020, a autorisé ses banques à importer du métal jaune, et les douanes chinoises ont décompté 38 tonnes en mars (après seulement 8 en février), et plus de 150 en avril (sur 540 échangées dans le monde), près de 14 fois les volumes habituels…

«De la même manière, alors que la banque centrale de Russie (CBR) avait également arrêté d’acheter de l’or l’an dernier pour se concentrer sur sa devise, Vladimir Poutine a autorisé en mars le fonds souverain à investir de nouveau sur l’or», explique Benjamin Louvet, gérant spécialisé en matières premières chez Ofi AM. Le président russe a d’ailleurs participé en mars à l’inauguration d’un des plus grands complexes miniers (Jerooy Mine) dans le nord du Kirghizstan, un projet amené à produire jusqu’à 5 tonnes d’or par an sur un gisement de 90 tonnes.

Si le marché indien s’est calmé à cause des mesures de restriction mises en place face au Covid-19 dans plusieurs Etats, ce qui a limité les mariages, «il reste un marché structurel pour le métal jaune, dans une logique de transmission, et avait d’ailleurs connu un mois de mars excellent», rappelle Benjamin Louvet. Avec des achats en provenance de la Suisse, dont les exportations en produits aurifères ont atteint un plus haut de dix mois, note le World Gold Council.

Enfin, l’or remplit toujours bien sa fonction de valeur refuge et de couverture. Il se pourrait qu’une partie des chèques du plan de soutien américain non investis en bitcoins ou en actions Gamestop puis Tesla puissent servir à racheter des ETF (exchange traded funds) investis sur l’or, dont les encours avaient chuté au premier trimestre aux Etats-Unis. UBS expliquait la semaine dernière le faible positionnement relatif des investisseurs financiers, qui devrait soutenir le métal jaune à court terme. «L’or reste un excellent ‘proxy’ inversé des taux réels, qui sont remontés de -1,10% à -0,60% avec les anticipations de reprise économique, mais ils rebaissent à nouveau légèrement depuis un mois : le prix de l’once remonte logiquement et il est probable que le taux d’inflation augmente plus vite que les taux nominaux dans les prochains mois», conclut Benjamin Louvet, rappelant que les taux réels ne pourront pas remonter trop vite à moyen terme à cause de l’endettement public élevé.