L’or fluctue entre deux eaux

Barbara Vacher
En chute libre ces derniers mois, le cours du métal précieux a retrouvé de la vigueur au mois d’octobre
L’aversion au risque et la volatilité accrue des marchés pourraient lui profiter
Arnaud du Plessis, gérant actions thématiques spécialisées sur l’or et les ressources naturelles chez CPR Asset Management et Paul Jackson, directeur de la recherche Multi-Asset chez Invesco ETF

Après deux trimestres de léthargie, le marché de l’or semble avoir retrouvé un peu de son éclat. Le cours de l’once, qui a connu une sévère baisse au 2e trimestre 2018 et atteint son niveau le plus bas de l’année à 1.160 dollars à la mi-août, a vu sa courbe s’inverser en octobre pour rebondir de plus de 7 %, à 1.211 dollars le lundi 12 novembre. Comment interpréter ces récentes fluctuations ? Et dans le contexte actuel de turbulences économiques, est-il en train de retrouver son statut de valeur refuge ?
 Tangible, universel et extrêmement liquide, l’or est une classe d’actif très particulière, qui conserve son caractère historique de monnaie d’échange – beaucoup de banques centrales l’utilisent comme un moyen de diversifier leurs réserves de change.
La singularité du métal précieux en fait l’achat de dernier recours en période de stress aigu de marché. Les crises financières de la décennie passée ont toutes – sans exception – confirmé son statut de valeur refuge, y compris la plus importante, celle des subprimes. Entre la chute de Lehman Brothers en septembre 2008, et le point bas de la crise, le 9 mars 2009, où le CAC 40 atteint un plancher à 2.519 points (à -41,9 %), le cours de l’or s’est pour sa part valorisé de 37,6 % en euros.

Dollar-Index. Mais que se passe-t-il en dehors de ces épisodes où l’aversion au risque est à son paroxysme ? « L’or, c’est une histoire d’offre et de demande », rappelle Nicolas Compart, analyste financier indépendant. « Si l’offre est relativement inélastique, la demande pour l’or d’investissement est assez influencée par des données macroéconomiques ».
 D’après Paul Jackson, directeur de la recherche Multi-Asset chez Invesco ETF, « le dollar, apprécié par l’US dollar-index, l’inflation et les taux d’intérêt réels (correspondant à la différence entre taux d’intérêt nominal et taux d’inflation, NDLR) expliquent beaucoup de mouvements du cours de l’or ».
 A l’exception des périodes de crises majeures durant lesquelles le dollar peut aussi devenir une valeur refuge, « dans les deux tiers des cas, l’évolution du cours de l’or est inversement corrélée à celle du dollar américain », note Arnaud du Plessis, gérant actions thématiques spécialisées sur l’or et les ressources naturelles chez CPR Asset Management. Quand le dollar monte, l’or a donc tendance à descendre, et inversement. Ensuite, « l’or reste fondamentalement un actif de protection contre le risque inflationniste », assure l’économiste Véronique Riches-Flores, de RF Research. Face à des anticipations d’inflation, la demande pour le métal jaune a ainsi tendance à croître.

Coût d’opportunité. Mais si l’on dit souvent que l’or est intéressant lorsque l’on enregistre une vraie reprise de l’inflation, l’assertion reste vraie « à la condition que les taux d’intérêt réels demeurent à un niveau assez bas », précise Arnaud du Plessis. Contrairement à la majorité des placements financiers, l’or ne génère pas de rendement. En conséquence, « lorsque les taux d’intérêt réels sont élevés, en détenir entraîne donc un manque à gagner, et constitue un coût d’opportunité ». Le cours de l’or est donc aussi inversement corrélé au niveau des taux d’intérêt réels. Depuis 2016, ces derniers se sont tendus outre-Atlantique. Et ils ont continué à progresser ces derniers mois, puisque la Fed a relevé ses taux d’intérêt à un rythme supérieur à l’inflation. C’est ainsi que la plupart des analystes expliquent la relative inertie de l’or malgré les perspectives inflationnistes et le contexte de tensions géopolitiques qui plane aujourd’hui sur les marchés.
 Toute la difficulté d’anticiper les fluctuations du métal précieux est de déterminer à partir de quel moment l’aversion au risque des investisseurs prend le pas sur les autres indicateurs de marché. Dans un rapport daté du 30 octobre, Goldman Sachs estime que celle-ci est bien de retour et qu’elle devrait profiter au cours de l’or dans les 12 prochains mois, en atteignant 1.350 dollars l’once. D’autres avancent des scénarios de cours moins optimistes, considérant que l’or ne devrait pas progresser tant que la Fed n’inversera pas sa politique de relèvement des taux, attendue à l’horizon 2021.