Matières premières

L’or a encore de beaux jours devant lui

Benjamin Louvet, directeur général délégué, Prim' Finance
La tendance baissière sur les matières premières ne saurait durer
C’est en particulier vrai pour l’or, quels que soient les scénarios envisagés

Le problème n’est pas tant de savoir si le prix des matières premières va rebondir, mais plutôt de savoir quand il rebondira. Parce qu’il ne fait aucun doute aujourd’hui que la tendance baissière que l’on observe sur cette classe d’actifs depuis maintenant deux ans ne sera pas durable à long terme.

En annonçant au printemps dernier la fin programmée de ses mesures de politique monétaire non conventionnelle, la Réserve fédérale américaine (Fed) a enclenché un processus qui, quelle que soit son issue, devrait profiter aux matières premières. Si plusieurs scénarios sont en effet possibles, ils conduisent tous à un renchérissement de certaines d’entre elles.

Reprise ou défiance.

Le scénario optimiste d’abord. Si, dans les prochains mois, la croissance continue à se maintenir, voire s’accélère encore, la Fed confirmera alors son programme de retour vers une politique monétaire plus conventionnelle – si tant est que l’institution puisse gérer convenablement la remontée des taux qui en découlera. Dans ce cas, les matières premières industrielles rebondiront, tirées par les perspectives de croissance de l’économie qui seront alors capables d’absorber l’accroissement de la production.

Si, au contraire, la croissance devait se tasser, la Banque centrale américaine n’aurait d’autre choix que d’injecter à nouveau des liquidités dans l’économie. Or, cela provoquerait immédiatement une perte de confiance sur les marchés et entraînerait le cours de l’or à la hausse, et ce même sans risque inflationniste constaté à court terme. Car s’il est vrai que le métal précieux se révèle très protecteur contre l’inflation, il reste aussi – et surtout – une valeur refuge dans les périodes d’incertitude.

Le problème de la dette non résolu.

Cette hausse des cours des métaux précieux à moyen terme constitue d’ailleurs notre scénario central pour plusieurs raisons. L’été dernier déjà, le Fonds monétaire international (FMI) mettait en garde contre le niveau inquiétant de la dette des pays développés et allait jusqu’à préconiser une ponction de 10 % de l’épargne privée pour éponger les dettes nationales. Il y a quelques semaines, Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff, deux économistes professeurs à Harvard et tous deux anciens économistes du FMI, ont à nouveau alerté l’opinion sur le problème de la dette des Etats qui, selon eux, ne se règlera que par des défauts massifs ou une spoliation des épargnants. Si cela devait avoir lieu – et même bien avant – nous devrions, là encore, assister à une ruée sur les métaux précieux.

Finalement, quoi que l’on puisse entendre sur l’amélioration de la situation économique mondiale, le problème de la dette des Etats, qui nous a conduit à la crise de 2008, reste en suspens. Ce n’est pas surprenant car si les banques centrales ont baissé leurs taux en partie pour laisser le temps aux Etats de régler leurs problèmes de dette, les politiques sont rarement enclins à prendre des décisions en ce sens – très impopulaires – à moins d’y être contraints.

La Chine à surveiller.

Enfin, autre élément militant pour une hausse de l’or : la banque centrale de Chine a récemment déclaré qu’elle était bien décidée à ne pas intervenir s’il devait y avoir des incidents liés au non-remboursement des produits douteux de shadow banking distribués aux clients fortunés chinois. Or, le remboursement du premier véhicule de ce type doit intervenir dans les prochaines semaines et la banque ICBC, qui a pourtant distribué ce produit, a d’ores et déjà déclaré qu’elle refusait de rembourser les porteurs en cas de défaut. Cela pourrait donc inciter les investisseurs à se réfugier sur le métal jaune et provoquer ainsi une hausse des cours.

La route est encore longue pour retrouver le chemin de la croissance. Elle passe par une correction indispensable des excès réalisés depuis plus d’un demi-siècle, qui ont consisté à générer de la croissance en s’endettant. Et ces ajustements ne pourront se faire sans heurts. Il n’est donc certainement pas temps de vendre son or…