L’optimisme en zone euro fait remonter les taux

Xavier Diaz
Les rendements des emprunts de la zone euro ont récemment grimpé. Cette fois à l’inverse des taux longs américains.
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Les marchés de taux ont marqué une pause mardi dans l’attente de la réunion de la Banque centrale européenne (BCE) ce jeudi 22 avril. Le rendement du Bund 10 ans s’est resserré de 3 points de base (pb) à -0,26%. Celui de l’OAT 10 ans était stable autour de 0%. Les dettes périphériques se sont également stabilisées.

Cette relative accalmie intervient après une semaine de nette tension sur les taux euro qui a culminé lundi 19 avril avec un bond de 6 points de base (pb) du Bund à un plus haut depuis le début de la crise du coronavirus, à -0,218%. En une semaine, le taux 10 ans allemand a bondi de 13 pb quand le rendement des Treasuries de même maturité s’est resserré de 10 pb (1,55%). L'écart (spread) entre les Treasuries et le Bund s’est resserré à 182 pb.

Amélioration du sentiment

«Cette correction intervient à un moment où l’optimisme s’accroît et la vaccination s’accélère», souligne Antoine Bouvet, stratégiste taux chez ING. L’acquisition de 100 millions de doses supplémentaires auprès de Pfizer-BioNTech par l’Union européenne a pu contribuer à cette amélioration du sentiment. «Même si la BCE a augmenté le rythme de ses achats d’obligations, les rendements commencent à refléter à la fois une croissance plus élevée du PIB et une augmentation de l’inflation», note Jeroen Blokland, stratégiste chez Robeco qui rappelle que les prix à la production ont progressé de 3,7% en mars en Allemagne, la plus forte hausse depuis novembre 2011. La zone euro devrait suivre le même chemin que le Royaume-Uni en termes de réouverture de son économie. «Même si la réouverture des économies de la zone euro a été retardée, elle interviendra dans les prochains trimestres», juge ce dernier qui anticipe un Bund à 0% dans les prochains mois.

La politique allemande a aussi pu jouer sur la trajectoire des taux. Le parti des Verts, qui vient de désigner sa candidate aux élections législatives de septembre, Annalena Baerbock, a des chances de former une coalition avec les conservateurs de la CDU/CSU (qui viennent de désigner le patron de la CDU, Armin Laschet, comme candidat). «Avec la perspective d’un ministre des finances Vert dans le futur gouvernement, le marché spécule sur plus de dépenses publiques, des politiques économiques en faveur de la croissance et plus d’intégration européenne», note Antoine Bouvet.

La BCE attendue sur le PEPP

Surtout, le rebond de l’économie dans la zone euro s’accompagnera inévitablement d’une évolution de la politique monétaire de la BCE, notamment concernant le programme d’achat d’urgence PEPP. Le marché commence à anticiper un soutien moindre des achats d’actifs qui pourraient diminuer de moitié d’ici la fin du premier trimestre 2022, le PEPP n’étant que partiellement compensé par une hausse de l’APP, le programme conventionnel.

De plus si la BCE a augmenté marginalement ses achats (de 13,9 milliards d'euros de janvier à mars à 16,7 milliards de mars à la semaine dernière), ces derniers ont déjà diminué depuis fin mars, relève Antoine Bouvet. Le stratégiste rappelle que pour beaucoup de membres du conseil de la BCE, cette augmentation des achats est difficile à justifier et a fortiori temporaire. Des éclaircissements sont attendus ce jeudi de la part de Christine Lagarde, la présidente de l’institution, au risque d'assister à une nouvelle phase de volatilité sur les taux.