L’Institut Montaigne critique le plan de relance français

Fabrice Anselmi
Le «think thank» préconise des mesures fortes et ciblées sur la demande à court terme.
REA

Comme la Commission des finances du Sénat, qui a critiqué jeudi le plan de 100 milliards d’euros pour relancer l’économie après la crise du coronavirus, l’Institut Montaigne a publié vendredi une note où il regrette à son tour que ce plan ne réponde pas à l’urgence de la situation, encore plus avec la reprise de l’épidémie. Seul un cinquième du  plan France Relance (21,5 milliards) servira au soutien à court terme, le double (43 milliards) à moyen terme avec 60% consommés à partir de 2022. «Un nouveau plan purement conjoncturel et ciblé sur 2021 semble nécessaire, afin de soutenir l’activité à très court terme, de réduire l’incertitude et d’accélérer l’adaptation de notre économie au choc d’offre inédit auquel elle est confrontée», écrit son conseiller économique, Eric Chaney.

Encourager dépenses et investissements

Se référant à l’épargne supplémentaire engrangée par les ménages (90 milliards à fin août) et à la trésorerie accumulée par les entreprises (180 milliards), l’économiste formule 5 propositions pour l’économie française. Premièrement, bien préparer le plan et la communication autour du vaccin afin qu’il permette de lever immédiatement l’incertitude quand on l’aura trouvé… Deuxièmement, augmenter les aides ciblées aux ménages à faible revenu, ce qui, à la fois, «aurait un effet rapide et puissant sur la consommation» et «répondrait à une forte demande sociale d’équité».

Troisièmement, il faut encourager l’investissement des entreprises, qui a chuté de 22% en six mois, par l’octroi d’une subvention temporaire à hauteur de 10% des dépenses, sous la forme d’avoir fiscal ou de crédit d’impôt.

«L’un des risques majeurs de cette crise serait que l’épargne accumulée faute de consommation par les ménages à revenus moyens ne se transforme en épargne de précaution», rappelle Eric Chaney, ce qui l’amène à suggérer au gouvernement de s’abstenir de parler d’impôts et d’inciter à dépenser cet excès d’épargne : faute de réduction de la TVA, cela pourrait consister à libéraliser les soldes sur une période très élargie.

Enfin, il propose pour l’an prochain un plan conjoncturel de 50 à 60 milliards incluant les mesures précitées et les 44 milliards du plan France Relance concentrés sur 2021. Son ampleur pourrait être corrélée à l’évolution des indicateurs économiques.

A plus long terme, il recommande une évaluation de l’offre afin de mieux anticiper l’évolution de l’économie, en ayant en tête la nécessité d’une double flexibilité sur les marchés du travail et des capitaux pour attirer les talents et les énergies vers les secteurs prometteurs.