L’exécution du nouveau plan de Credit Suisse s’annonce complexe

Franck Joselin
La banque suisse veut développer sa gestion de fortune et couper certaines de ses activités de financement et d’investissement.

Sur le papier, le nouveau plan stratégique présenté jeudi par Credit Suisse se tient. Touchée par de nombreux scandales ces dernières années, comme Greensill, Archegos, ou encore celui des tuna bonds, la banque se devait d’agir. Son président, António Horta-Osório, et son directeur général, Thomas Gottstein, ont présenté les orientations qu’ils comptent faire prendre à la banque ces trois prochaines années. Le message est clair : l’accent sera mis sur la gestion de fortune au détriment de la banque de financement et d’investissement, grande perdante de ce plan. La banque fera aussi de la gestion du risque – point sur lequel elle a été logiquement la plus critiquée ces derniers mois – une priorité.

Ce virage stratégique passera par une simplification de la structure. La banque sera dorénavant divisée en quatre pôles : la gestion de fortune, la banque en Suisse, la gestion d’actifs et la banque de financement et d’investissement. Disparue donc l’organisation géographique composée par la gestion de fortune internationale et la division Asie Pacifique (Apac), mise en place par l’ancien directeur général de la banque Tidjane Thiam en 2015.

Décalage

Cela fait plusieurs mois maintenant que les dirigeants de Credit Suisse préparent ce recentrage sur la gestion de fortune. Cependant, l’exécution de ce plan s'annonce délicate pour la banque. Par exemple, il est prévu que, d’ici 2024, trois milliards de francs suisses soient réalloués à la gestion de fortune. L’échéance peut paraître lointaine, car les coupes dans la banque de financement et d’investissement seront elles effectives dès 2022. Ainsi, certains analystes soulignent que les investisseurs pourraient se focaliser sur les coûts de la restructuration, les pertes de revenus liés à l’arrêt des activités de prime brokerage ou de certaines activités de trading, plutôt que sur les gains espérés à plus long terme dans la gestion de fortune. Thomas Gottstein a toutefois déclaré, lors d’une conférence de presse, que l’activité de prime brokerage était «à faible marge et à faible rentabilité». David Mathers, le directeur financier du groupe, a renchéri, expliquant que la réallocation de capital se faisait «d’une activité économiquement perdante vers une activité profitable».

Pour souligner ses ambitions de développement en gestion privée, la banque assure qu’elle envisage de recruter 500 nouveaux banquiers privés (relationship managers) chargés de la relation clients dans les trois prochaines années. La mise en œuvre concrète du plan sera sans aucun doute surveillée de très près par les investisseurs.

Gestion d’actifs conservée

Ce plan stratégique a aussi mis fin – momentanément – aux interrogations concernant la gestion d’actifs. Alors que certaines rumeurs, surtout dans la presse suisse, faisaient état d’une possible cession de cette activité, Credit Suisse souligne qu’en tant que division opérationnelle distincte, l’accent a été mis sur «l’importance stratégique de ce métier pour la banque et ses clients».

En clair, cette division n’est aujourd’hui pas en vente. Même si le sujet pourra revenir, car avec 475 milliards de francs suisses d’encours et une décollecte de 1,7 milliard entre juillet et septembre 2021, les 115 millions de francs suisses de bénéfice de la division ce trimestre ont été quasiment absorbés par une nouvelle dépréciation de 113 millions d’euros de sa participation minoritaire dans York Capital. Les vieux démons de Credit Suisse ne sont pas encore tous ensevelis.