L’euphorie gagne de nouveau les marchés actions

Xavier Diaz
Les places boursières ont effacé une partie de leurs pertes du début de l’année, jusqu’à la moitié pour Wall Street. Un mouvement jugé trop brutal et rapide au vu du contexte économique.

Après la panique, l’euphorie. Les marchés actions ont poursuivi leur rebond, enregistrant une deuxième semaine de forte hausse après l’annonce par Donald Trump de sa stratégie de sortie du confinement alors que la progression de l’épidémie semble atteindre un pic en Europe. Ni la chute de près de 7% de l’activité en Chine au premier trimestre, ni les 22 millions de chômeurs aux Etats-Unis en quatre semaines n’ont eu raison de cet enthousiasme. D’autant que le marché a été porté vendredi par des résultats encourageants d’un traitement pour le Covid-19 de l’américain Gilead.

En Europe, l’indice Euro Stoxx 50 a repris 21% depuis son point bas d’il y a un mois, soit un tiers de sa baisse. A Paris, le CAC 40 a regagné un peu moins de 20%. Le rebond est encore plus spectaculaire à Wall Street où l’indice S&P 500 a effacé plus de la moitié de sa chute tandis que le Nasdaq est revenu proche de son niveau de début d’année. «Historiquement, c’est le rebond le plus rapide et le plus fort dans un ‘bear market’», souligne Bernard Aybran, gérant chez Invesco qui note une certaine symétrie avec la baisse de fin février-début mars. Le rebond des places boursières s’accompagne d’une forte collecte des fonds actions ces dernières semaines, notamment sur le marché américain et les valeurs de croissance, notamment technologiques (la part des cinq plus grosses capitalisations de l’indice S&P 500, les Gafam, atteint un plus haut historique de 22%).

Les risques extrêmes ont diminué

Les stratégistes de Bank of America Securities expliquent la déconnexion entre le marché actions et l’économie par des questions de positionnement et par l’accalmie sur le marché crédit. «Ces dernières semaines le marché a bénéficié de deux soutiens majeurs, ajoute Peter Oppenheimer, stratégiste actions chez Goldman Sachs. D’abord l’intervention rapide et massive des banques centrales et des gouvernements. Ensuite, l’espoir que la durée du ralentissement économique serait limitée». Mais pour ce spécialiste, le marché est allé trop loin, trop vite. «A court terme, le risque reste clairement baissier même si les risques extrêmes ont diminué et que l’indice S&P 500 a probablement vu ses plus bas de l’année», poursuit-il. L’indice VIX reste à des niveaux élevés à 39 % mais a diminué de moitié par rapport à son pic de fin mars.  

 «Le marché achète clairement le scénario d’une reprise en V, poursuit Bernard Aybran. Il suffit de regarder les prévisions de bénéfices ; les investisseurs anticipent un rattrapage de la baisse des bénéfices de 2020 dès 2021». Le FMI a revu en forte baisse ses perspectives économiques mondiales la semaine passée et prévoit désormais une contraction de 3 % cette année mais avant un net rebond de 5,8 % l’an prochain qui remettrait les compteurs à zéro. Pour Romain Boscher, directeur monde de la gestion actions chez Fidelity International, une rechute du marché est probable car les prévisions des bénéfices des analystes sont encore trop optimistes. Il anticipe pour sa part, une baisse de 20 % en moyenne cette année dans ce qu’il appelle un scénario rose. «La bonne nouvelle est que le marché a retrouvé ses esprits, observe-t-il. Il va rester volatil et une nouvelle baisse de 10% est possible ; et pas dans un an, dans les prochains mois. Toutefois cette baisse sera plus ordonnée». Les investisseurs feront la distinction entre les modèles économiques fragilisés par la crise ou les entreprises avec des bilans de moins bonne qualité et les autres.