L’Etat prend son temps pour déposer son offre sur EDF

Bruno de Roulhac
Les 12 euros proposés pourraient ne pas suffire à convaincre l’expert indépendant. L’action EDF clôture, lundi, au prix d’offre pour la première fois.

Anne, ma sœur Anne ne vois-tu rien venir ? En annonçant, début juillet, son intention de monter à 100% du capital d’EDF, l’Etat avait précisé son souhait d’aller vite. Le 19 juillet, il annonçait qu’il lancerait une offre publique d’achat simplifiée au prix de 12 euros par action «d’ici à début septembre 2022». La seule réserve était d’obtenir la promulgation de la loi de finances rectificative pour 2022 portant les crédits budgétaires nécessaires à l’acquisition des 15,9% du capital et des 60% des obligations à option de conversion et/ou d’échange en actions nouvelles ou existantes (Oceane) non encore détenus. Soit un coût de 9,7 milliards d’euros (7,6 milliards pour les actions et 2,1 milliards pour les obligations).

Fin juillet, les députés adoptent la loi de finances rectificative. Dans la foulée, EDF nomme Finexsi comme expert indépendant. Depuis, silence radio. Néanmoins, le cours d’EDF poursuit sa progression et a même atteint, lundi en clôture, le prix d’offre de 12 euros. Un pari sur un relèvement de l’offre ? Selon un opérateur, les arbitragistes représenteraient entre 3% et 4% du capital d’EDF. Un poids important pour un flottant de moins de 16%.

Début août, EDF a déposé un recours devant le Conseil d’Etat, réclamant à l’Etat 8,34 milliards d’euros d’indemnités liées à la décision du gouvernement de relever le volume d’électricité nucléaire vendu à prix réduit aux fournisseurs alternatifs dans le cadre de l’Arenh. Ont suivi l’intervention des actionnaires d’EDF à travers Energie en actions, les courriers de Colette Neuville et, plus récemment, les déclarations de Jean-Bernard Lévy, le PDG du groupe, fustigeant vertement devant le Medef la stratégie des pouvoirs publics sur le nucléaire. L’Etat serait-il dès lors prêt à revoir sa copie ?

A moins que l’expert indépendant ne mette la pression sur le gouvernement. En effet, s’il estime que le prix actuel de 12 euros – pour lequel l’Etat n’a apporté aucun détail – est insuffisant, il agit en amont, plutôt que d’émettre un avis négatif sur le projet d’offre. Pourrait-il intégrer tout ou partie des 8,34 milliards d’euros d’indemnités réclamés par EDF ? Soit un maximum de 2,15 euros par action. Clairement, certains investisseurs misent aujourd’hui sur un relèvement de l’offre. A 13 euros ? 14 euros ? L’avenir le dira très prochainement. Le budget voté de 12,7 milliards d’euros, même s’il ne concerne pas seulement EDF, le permet.