L’espoir d’un vaccin met les marchés sens dessus dessous

Xavier Diaz et Fabrice Anselmi
L'annonce de Pfizer a chamboulé les positions construites au fil de la crise. Les Bourses n’avaient pas connu une telle séance depuis mars.
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Le bond spectaculaire des marchés financiers, hier, est à la hauteur de l’espoir placé dans la nouvelle d’un vaccin contre le Covid-19. C’était, ces dernières semaines, le scénario de risque à la hausse, auquel n’osaient plus croire les investisseurs alors que la deuxième vague de coronavirus déferle sur l’Europe et les Etats-Unis. Lundi, le laboratoire américain Pfizer a annoncé que le vaccin qu’il développe avec la société allemande BioNTech était efficace à plus de 90% pour prévenir du Covid-19, sans problème de sécurité majeur selon les premiers résultats de ses essais cliniques à grande échelle. Si cela se confirme, ce serait une avancée majeure dans la lutte contre la pandémie. «Alors que la deuxième vague de Covid-19 continue de perturber les économies du monde entier, les dernières nouvelles sur le vaccin sont un coup de pouce bienvenu pour espérer que 2021 soit une bien meilleure année que 2020 pour l'économie mondiale», relèvent les stratégistes d’ING.

La nouvelle a transporté des marchés déjà emballés par la victoire du démocrate Joe Biden, probablement par l'absence de «vague bleue» au Congrès qui aurait permis au nouveau président américain de faire voter des hausses de taxes… «Ces résultats de tests sont extrêmement importants et donnent au marché la confiance que le candidat-vaccin de Pfizer peut offrir une percée en termes d'immunité collective l'année prochaine, note George Saravelos, stratégiste chez Deutsche Bank. Or plus l'efficacité est élevée, plus le seuil nécessaire à l'immunité collective est bas. En supposant un R0 de 2,5, une efficacité de 90% implique que les gouvernements devraient atteindre une couverture vaccinale d'environ 60% pour atteindre l'immunité collective.» Pfizer et son partenaire vont déposer une demande d’autorisation aux Etats-Unis pour des utilisations d’urgence dès ce mois-ci.

La grande rotation ?

Sur les marchés, les actions se sont envolées en Europe, avec un bond de +7,6% de l’indice CAC 40 à Paris, de +4,9% du Dax 30 à Francfort, de +9% de l’Ibex 35 à Madrid. L’indice Euro Stoxx 50 s’adjuge +6,4%. La Bourse de New York, dont la volatilité a baissé au-dessous de 23%, a également terminé en hausse, mais de façon dispersée et sous ses niveaux en début de séance: +1,1% pour le S&P 500, tandis que le Nasdaq Composite a reculé de 1,5% affecté par le repli de certaines valeurs technologiques, grandes gagnantes du confinement.

Cette rotation est l’enseignement de la séance : les valeurs directement affectées par la crise sanitaire comme celles du transport aérien ont rebondi au détriment des valeurs qui en avaient jusque-là profité. Moteur de la hausse également en Europe, cette rotation a porté les secteurs de la banque (+12,3%) et de l’assurance (+8,65%), les investisseurs pariant sur un retour des dividendes. Le secteur des voyages et loisirs gagne +7%, et l’automobile +6%. A l’inverse, la technologie ne progresse que de +2% et la santé est stable.

Le rallye sur les taux ne s’était pas arrêté lundi matin, malgré la levée des incertitudes autour de l’élection américaine, notament sur les périphériques, qui atteignaient des records absolus : le BTP italien à 0,57%, le 10 ans espagnol à 0,065%, le 10 ans portugais à 0,044% et le 10 ans grec à 0,73% ! Mais l’annonce de Pfizer a soudainement amené les investisseurs à les délaisser, les faisant remonter presque tous d’au moins 10 points de base : l’US Treasury 10 ans américain à 0,96%, le Bund à -0,51%, l’OAT à -0,25%, le Gilt à 0,38%, le BTP italien à 0,72%, le 10 ans espagnol à 0,19%.

De quoi poser des problèmes de liquidités et obliger les banques centrales à intervenir ? «Non, les desks des brokers-teneurs de marché ont pu se mettre en face sans trop de risques prudentiels avec les aménagements décidés au printemps pour la détention de titres d’Etat aux Etats-Unis comme en Europe, rappelle Guillaume Martin, stratégiste taux chez Natixis. La remontée est assez homogène sur tous les points de courbe. Le système monétaire a été bien renforcé aux Etats-Unis, où on ne risque pas de crise de liquidité comme en mars. Et on reste partout loin de niveaux dangereux pour le financement de l’économie donc les banques centrales ne devraient pas encore intervenir trop.»

Alors que les banques et les fonds d’investissement sont les principales contreparties pour l’instant, la poursuite d’une hausse pourrait permettre à des investisseurs institutionnels de long terme (fonds de pension et assureurs) de prendre le relais et de se repositionner sur les taux dans une logique «buy-and hold».

La baisse du dollar s’est également arrêtée lundi : l’indice DXY est remonté de 92,2 à 92,8 jeudi, le billet vert de 103,50 à 105,49 yens et de 6,56 à 6,63 yuans, tandis que l’euro (1,18 dollar) et la livre (1,31 dollar) stoppaient net leur progression.

Le vaccin plus fort que Biden

De la même manière, le marché du pétrole s’est retourné alors que les analystes craignaient que des tensions ne réapparaissent avec l'accession de Joe Biden à la présidence des Etats-Unis. La perspective de voir les économies se rouvrir grâce à un vaccin et donc la demande mondiale repartir vers ses niveaux habituels de 100 millions de baril/jour (mbj) – au lieu de 90,7 mbj en moyenne cette année - a permis une remontée de près de 9% : autour de 40,50 dollars le baril pour le contrat Décembre 2020 sur le brut WTI et de 42,60 dollars pour le contrat Janvier 2021 sur le Brent, de quoi rattraper une partie des -14% et -12% liés à la résurgence du Covid-19. L’estimation de l’Opep ambitieuse selon laquelle la demande remonterait autour de 98 mbj en 2021 pourrait donc se confirmer…

Néanmoins, ING rappelle que la nouvelle sur le vaccin n’enlève rien au fait que l’économie mondiale sera confrontée à un hiver difficile, et que de nombreuses questions restent en suspens, sur les vaccins et sur leur efficacité au final.