L’Esma met les courtiers de CFD sous pression

L'AGEFI Quotidien; Julien Beauvieux
L’autorité européenne envisage notamment d’encadrer le niveau de levier des contrats spéculatifs distribués afin de protéger les clients particuliers.

La perspective d’une intervention de l’Esma sur les produits spéculatifs a pesé sur les cours des courtiers. Dévoilées vendredi, les intentions de l’Esma ont fait dévisser lundi les actions d’IG Group, de CMC Markets et de Plus500 de plus de 10%. L’autorité envisage notamment d’interdire le marketing, la distribution et la vente d’options binaires aux clients particuliers, tandis que les contrats sur la différence (CFD) subiraient des restrictions.

«L’Esma s’inquiète depuis très longtemps de la mise à disposition de produits spéculatifs comme les CFD, y compris les 'rolling spot forex' (opérations au comptant reportables sur le marché des devises, ndlr), et les options binaires auprès de clients particuliers, [ce qui la conduit] à mener des opérations de contrôle et de supervision», explique l’autorité. Lors d’une communication en juin dernier, l’Esma avait déjà laissé entendre qu’elle réfléchissait à une action après avoir mis sur pied une «task force» sur le sujet en juillet 2015 et lancé des avertissements aux investisseurs en juillet 2016.

Les CFD et les options binaires inquiètent depuis de nombreuses années les régulateurs en raison notamment du levier parfois important intégré dans les montages, avec à la clé des pertes potentielles très élevées. Alors que la FCA britannique, qui a soutenu vendredi la position de l’Esma, avait déjà proposé il y a un an des mesures pour encadrer les pratiques, l’AMF est elle aussi montée au créneau. Le gendarme boursier met régulièrement en garde contre des sites non autorisés tout en pointant plus la nature très risquée de ces produits. La loi Sapin 2 interdit par ailleurs toute publicité concernant les options binaires et les CFD ayant un levier supérieur à 5.

A l’instar des régulateurs nationaux, pourvus du même pouvoir par la directive MIF 2 qui entre en vigueur le 3 janvier, l’Esma aura le pouvoir de prendre des mesures pour une durée allant jusqu’à 3 mois reconductibles. Concernant les CFD, l’Esma envisage notamment de limiter le levier dans une fourchette de 5 à 30, alors que certains produits peuvent proposer des leviers supérieurs à 250, et d’introduire des protections limitant les pertes. Le numéro un sur le segment des CFD, IG Group, a indiqué hier que ces limitations de levier sont «disproportionnées» et n’auront pas d’effet sur l’exercice en cours. Son concurrent CMC Markets a lui pointé l’impact «insignifiant» d’une interdiction des options binaires. L’Esma lancera une brève consultation sur le sujet en janvier 2018.