Covid-19/gestion d'actifs

Les sociétés endettées et peu diversifiées sont les plus fragiles

Laurence Marchal
Fitch Ratings a publié une étude sur l'impact de la crise sanitaire sur les sociétés de gestion.

Les sociétés de gestion traditionnelles fortement endettées et lourdement exposées aux stratégies actions sont celles dont les encours sous gestion, l’Ebitda et les cash-flow subiront davantage de pression face à la hausse de la volatilité et la chute des marchés provoquées par la pandémie du coronavirus, estime Fitch Ratings dans une nouvelle étude.

Alors que la plupart des sociétés de gestion traditionnelles continuent de dégager des flux de trésorerie positifs dans les périodes tendues, celles qui ont un endettement plus fort devraient avoir moins de flexibilité en cas d’une déroute plus forte des marchés. Ces dynamiques se sont déjà traduites par des dégradations de notes ou de sentiments par Fitch Ratings. Ainsi, les sociétés de gestion italiennes Anima Holding et Azimut ont chacune vu leur note BBB être placée sous surveillance négative. Les perspectives d’Invesco, dont la note a été confirmée à A-, ont été révisées de positives à stables. La note de Lazard Group a été dégradée à BBB+, avec des perspectives stables.

Plusieurs éléments peuvent toutefois contrebalancer ces pressions, selon l’agence de notation : le fait que les sociétés de gestion traditionnelles ont des bilans légers et génèrent des flux importants de trésorerie, leur capacité à réduire les dépenses face au déclin des revenus de manière à maintenir leurs marges, des niveaux d’endettement bruts faibles, peu de dettes arrivant prochainement à échéance, d’importants niveaux de trésorerie et des niveaux de distribution des bénéfices élevés qui pourront ainsi être abaissés.

Trois scénarios de stress

Fitch a analysé le comportement d’un groupe de sociétés de gestion confrontées à trois scénarios uniformes de stress. Ces trois scénarios impliquent tous des baisses d’encours, dont une chute de 30 % des actions et un déclin de 20 % des obligations, une réduction de 5 % des taux de frais et des décollectes immédiates de 7 %. Les scénarios 1 et 2 prévoient une baisse de 10 % des frais hors frais de gestion et des autres revenus, tandis que le scénario 3 imagine une chute de 20 %. Le scénario 2 intègre aussi un choc de marché supplémentaire de 10 % sur toutes les classes d’actifs.

Les plus grandes sociétés de gestion avec des modèles d’affaires et des stratégies d’investissement plus diversifiés seront mieux à même d’absorber le choc de la baisse des revenus. Les sociétés avec des stratégies de vente à découvert, comme Man Group, pourraient aussi contrebalancer certains des risques. Les gestionnaires ayant investi dans de nouvelles stratégies d’investissement sous la forme de capitaux d’amorçage seront plus affectés.

Les marges d’Ebitda chutent pour chacun des scénarios, d’une moyenne 2019 de 38 % à environ 22 % pour le troisième scénario. Fitch note toutefois que les sociétés de gestion devraient être capables de réduire les coûts, notamment par le biais des bonus et des dépenses de distribution afin de compenser la compression des marges.

D'importants niveaux de trésorerie

Le déclin des performances et la décollecte devraient faire pression sur les sociétés de gestion les plus endettées et ayant une plus faible liquidité compte tenu du déclin de la trésorerie d'exploitation. De plus, si une société devait voler au secours de ses fonds, cela constituerait un poids supplémentaire sur la trésorerie, note Fitch.

Les sociétés de gestion ont tendance à avoir d’importants niveaux de trésorerie, qu’elles pourraient utiliser pour des rachats d’obligations dans le cas des sociétés fortement endettées. La plupart des sociétés de gestion traditionnelles ont une certaine souplesse en matière de coûts et pourraient réduire les rachats d’actions, si nécessaire, ou diminuer les dividendes. AllianceBernstein, Franklin Resources, T Rowe Price, Azimut, Man et Schroders avaient toutes des positions de dette négatives au 31 décembre 2019, observe Fitch Ratings.

Les plus grandes sociétés de gestion traditionnelles cotées aux États-Unis n'ont aucune dette venant à échéance en 2020, la majeure partie des échéances du secteur survenant après 2023. Les sociétés de gestion de la région EMEA ne subissent pas non plus de pressions de refinancement de la dette extérieure à court terme, l'essentiel de la dette arrivant à échéance après 2023.