Les sociétés de gestion boudent les résolutions environnementales et sociales

Les sociétés de gestion européennes votent toutefois bien plus en faveur de ces résolutions lors des AG que les américaines.

L’ONG britannique ShareAction a passé au crible les votes de 65 des plus grosses sociétés de gestion au monde sur 146 résolutions environnementales, sociales et de gouvernance (ESG) soumises au vote dans les assemblées générales (AG) d’entreprises en 2021.

Sur les 146 résolutions ESG analysées, seulement 30 d’entre elles ont reçu un soutien de la majorité des votants, soit une sur cinq. ShareAction note dans son rapport – réalisé pour la troisième année consécutive – que les sociétés de gestion européennes continuent de voter bien plus en faveur des résolutions ESG que leurs homologues américaines. Sur les résolutions aux motifs environnementaux et sociaux, cela se traduit par une différence de 25 points de pourcentage (64% de votes favorables des gérants européens et 39% chez les gérants américains).

«Aucune société de gestion américaine n’a dépassé les 60% de votes favorables lors de résolutions ESG. Le gestionnaire américain le mieux placé est Northern Trust Asset Management et se classe 33e (sur 65). Dans le même temps, presque tous les gestionnaires d’actifs figurant dans la première moitié du classement sont européens. Ceux figurant aux quatre premières positions (Impax AM, BNP Paribas AM, Achmea IM et Robeco) ont tous voté en faveur de plus de 95% des résolutions ESG d’entreprises dans lesquelles ils étaient investi», développe ShareAction. Amundi complète le top 5, avec 93% de votes favorables aux résolutions ESG analysées.

Le bas du classement établi par l’ONG britannique est occupé par l’allemande MEAG (groupe Munich Re) et l’anglaise Walter Scott & Partners qui, toutes deux, ne comptent aucun vote favorable aux résolutions ESG étudiées. L’espagnole Santander AM se classe 63e avec 1% de votes favorables aux résolutions ESG analysées.

Pour MEAG, l’explication est claire. La société de gestion allemande n’a exercé ses droits de vote pour aucune résolution ESG. Elle fait partie des sept gestionnaires qui ont pris part aux votes de moins de 60% des résolutions ESG d’entreprises analysées lors des AG de 2021. Ainsi, Santander AM n’a pas voté à 99% des résolutions ESG étudiées et Deka Bank à 83%. Eurizon, Swedbank Robur, Lyxor et SEB sont aussi épinglés par l’ONG. Ce constat est pour le moins gênant pour cinq de ces sept sociétés qui sont signataires des principes pour l’investissement responsable et membres de l’initiative Climate Action 100.

Mastodontes conservateurs

Pour 51 des 65 gestionnaires, dont les votes aux résolutions ESG ont été analysés en 2020 et en 2021 par ShareAction, la proportion de votes favorables sur une série de résolutions similaires n’a augmenté que de 4% en moyenne d’une année sur l’autre. Credit Suisse AM, Nordea AM et Lyxor AM figurent parmi les sociétés de gestion ayant le plus progressé en matières de votes positifs aux résolutions ESG lors des AG d’entreprises entre 2020 et 2021. Achmea, BlackRock, BNP PAM et Capital Group se signalent également.

L’étude de ShareAction suggère en outre que les six plus grosses sociétés de gestion internationales – BlackRock, Vanguard, Fidelity Investments, State Street, Capital Group et JPMorgan – ont eu tendance à voter de manière plus conservatrice que ce que leur recommandaient leurs agences en conseil de vote (proxy advisors). ISS et Glass Lewis recommandaient respectivement de voter favorablement 75% et 44% des résolutions ESG analysées par l’ONG mais chacun des six gérants américains a voté en faveur de ces résolutions à moins de 40%. ShareAction ajoute que 18 résolutions ESG sur les 146 analysées auraient pu obtenir la majorité des votes si un membre du Big Three – BlackRock, Vanguard et State Street – avait voté en faveur de leur adoption.

Alliances favorables

Dans son étude, ShareAction a disséqué les votes sur les résolutions spécifiques au climat des gérants membres et non-membres des alliances de l’industrie de la gestion d’actifs pour le climat Net Zero Asset Managers (NZAM) et Climate Action 100 (CA100+). Son analyse montre que les membres de NZAM ont soutenu 70% des résolutions climat analysées contre 61% pour les non-membres. Ce ratio pour CA100+ est de 72%-53% (contre 69%-39% en 2020).

Dans les deux cas, Candriam, Impax AM et Nordea AM sont les membres des deux initiatives ayant voté le plus en faveur des résolutions climat. ShareAction conclut aussi que les résolutions mises en avant par CA100+ ont reçu en moyenne plus de soutien que les autres même si près de la moitié des résolutions poussées par CA100+ n’ont finalement pas obtenu la majorité des votes.

Enfin, le social ne fait pas recette auprès des gérants d’actifs. Seulement 13 des 89 résolutions sociales analysées par ShareAction ont reçu un soutien majoritaire, toutes appelant à davantage d’informations sur la diversité et l'inclusion des entreprises concernées.

«Les actionnaires ont semblé être plus réticents lorsqu'il s'est agi de résolutions susceptibles d'affecter la rémunération des dirigeants, avec des niveaux de soutien très faibles pour lier la rémunération des PDG aux fourchettes de salaires des autres employés. Les résolutions axées sur la santé publique ou les conditions de travail décentes n'ont pas non plus recueilli le soutien des gestionnaires d'actifs au cours de cette saison d’AG», tacle l’ONG.

ShareAction observe par ailleurs que 11 sociétés de gestion – dont BlackRock, Vanguard et JPMorgan – ont voté contre des résolutions demandant des rapports d’enquête au sujet des droits humains à des sociétés fournissant des armes à des Etats ayant des antécédents de violations de droits humains.

La prochaine étude de ShareAction sur le vote des sociétés de gestion, en particulier les américaines, pourrait permettre d'éclairer davantage sur les motivations de leurs votes en faveur ou contre les résolutions ESG. En juillet dernier, la Securities and Exchange Commission (SEC) avait présenté un projet de réglementation qui obligerait les sociétés de gestion de fonds à divulguer davantage d'informations sur la manière dont elles votent.