Les robo-advisors européens manquent de transparence

Adrien Paredes-Vanheule
La fédération des investisseurs particuliers européens Better Finance a testé 17 robo-advisors et préconise un cadre législatif européen sur leurs algorithmes.
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Malgré une légère amélioration, les robo-advisors continuent de manquer de transparence selon Better Finance qui vient de publier son cinquième rapport sur ce type de plateformes. L’organisation s’est intéressée, entre autres, à la transparence sur les frais, l’allocation de portefeuille, le niveau de risque et les performances passées.

Premier constat sur les frais, 82% des robots-conseillers testés dévoilent leurs frais une fois un questionnaire rempli par le particulier intéressé, note Better Finance. Le chiffre tombe à 67% pour la publication de frais détaillés. Le rapport confirme en outre une tendance observée les années précédentes, à savoir que les commissions des robots-conseillers demeurent plus élevées en Europe qu’aux Etats-Unis, en Australie ou à Singapour. «Cela peut être attribué à la fragmentation des marchés de capitaux européens, à un manque de standardisation des produits ainsi qu’à une concurrence insuffisante», estime Better Finance. L’organisation observe par ailleurs que seulement six des 17 plateformes étudiées proposent des options d’investissement durable à leurs clients et qu’aucune ne leur demande leurs préférences en matière d’investissement durable durant le questionnaire préliminaire.

Simple revue de portefeuille

Concernant la transparence de l’allocation d’actifs, 16 des 17 robots-conseillers analysés par Better Finance fournissent une revue simplifiée de l’allocation et des positions détenues en portefeuille. 14 de ces plateformes fournissent des informations sur les classes d’actifs investies mais seulement six apportent des précisions, notamment sur les fonds investis.

De plus, le rapport de Better Finance souligne que 83% des plateformes testées présentent les meilleurs et pires scénarios de performance pour le portefeuille tandis que 61% dévoilent la performance passée du portefeuille à leurs clients. Néanmoins, seulement trois des 17 robots-conseillers comparent cette performance passée à un indice et cinq d’entre eux avertissent que les performances passées ne préjugent pas des performances actuelles et futures. Enfin, seulement 66% de ces conseillers digitaux testés affichent clairement le niveau de risque du portefeuille.

Inconsistance des expositions actions

Outre le manque de transparence des robots-conseillers, l’étude de Better Finance pointe des divergences «extrêmes» dans l’allocation d’actifs et les rendements attendus d’un robo-advisor à l’autre. Ainsi, avec exactement le même profil d’investisseur, l’exposition du portefeuille aux actions peut varier de 9% à 95% selon les plateformes. L’organisation a également révélé que les allocations en portefeuille des robo-advisors européens étaient peu en adéquation avec les expositions actions théoriques recommandées (60-100% pour les profils millennials et 35%-75% pour les profils baby-boomers).

«Nous observons que 11 des 14 robots-conseillers européens recommandent une exposition actions en dessous de 50% aux actions pour les millennials. Selon nous, une telle approche est très prudente et ne reflète pas le profil de risque agressif de l’investisseur millennial», explique Better Finance. Pour le profil baby-boomer, l’organisation indique que 8 des 14 robots-conseillers européens ont une exposition actions en dehors des seuils de l’exposition théorique recommandée pour un tel profil. Quant aux rendements nets annuels, ils varient de +1,80% à +12,8% pour le profil millennial et de +1,60% à 7,40% pour le profil baby-boomer, «ce qui confirme l’incohérence des rendements attendus pour des profils d’investisseurs identiques».

Better Finance a fait part de quelques recommandations. L’organisation appelle les autorités européennes à envisager des actions pour améliorer les processus des robo-advisors, à travers notamment le développement de lignes directrices plus détaillées pour les questionnaires d’investisseurs, l’allocation d’actifs et les profils de risque. Elle recommande aussi un cadre législatif européen sur les systèmes de prise de décision automatisés reposant sur l’intelligence artificielle pour s’assurer que les algorithmes des robo-advisors soient justes, transparents et responsables devant les clients.