Les PRI se préparent à exclure des membres

Thibaud Vadjoux
Après des années de forte croissance du nombre de signataires, les Principes pour l’investissement responsable font le ménage.

Face à la question du «greenwashing» et de la bulle verte, les Principes pour l'investissement responsable (PRI) - la principale organisation d’investisseurs responsables dans le monde sous la conduite des Nations unies -, ont souhaité resserrer la vis. «Certains gérants ont signé les PRI pour des enjeux commerciaux, pour répondre à des appels d’offres. Des investisseurs sont venus pour la médaille sans réaliser les mêmes efforts que d’autres acteurs impliqués», constate Marie Luchet, responsable de l’Europe continentale pour les PRI. Le nombre de signataires a grimpé en flèche ces dernières années, avec une croissance de 20% par an. «C’est un challenge pour notre équipe de reporting et d’évaluation qui ne compte que 10 personnes», souligne Marie Luchet. Aujourd’hui, les PRI dépassent la barre des 3.000 membres dans le monde. En France, on compte 251 signataires dont 27 investisseurs institutionnels. La mise en place d’un bureau des PRI en France en 2016 et la loi sur la transition énergétique et son article 173 ont donné un coup d’accélérateur. «Seulement quelques grands institutionnels français étaient concernés il y a quelques années. Beaucoup se reposaient sur les gestionnaires d'actifs. Les institutionnels ont pris davantage la mesure de leur responsabilité», se réjouit Marie Luchet. En 2019, l'Agirc-Arcco, Scor, Harmonie Mutuelle, la CNBF, la CAVP ont rejoint l’association.

Les PRI ont mis en place des exigences minimales pour les signataires il y a deux ans : disposer d’une politique ESG qui couvre 50% des encours, nommer un référent sur l’investissement responsable et porter cette politique au niveau du conseil d’administration et du comité exécutif. Au début du processus,10% des signataires ne répondaient pas à ces exigences, soit environ 185 membres dans le monde. En France, cela représentait 20 signataires dont un investisseur institutionnel. «Ce nombre s’est fortement réduit avec le dialogue que nous avons mis en place pendant deux ans. Notre objectif principal a été d’accompagner nos membres, pas de les exclure», rappelle Marie Luchet. La liste de surveillance s’est réduite à dix membres en France. Pour les derniers récalcitrants, une exclusion temporaire d’une année sera décidée et le nom des investisseurs sera publié en août sur le site des PRI.

Des institutionnels leaders sur le sujet ont également été mis en avant. «En France, l'Erafp, la CDC, la Macif, la Maif, Axa, l’Ircantec partagent leurs bonnes pratiques, notamment en aidant les autres sur la sélection ESG des gérants», souligne Marie Luchet. Dans une logique plutôt anglo-saxonne, les PRI misent sur les bienfaits de la concurrence. «L’ESG devient un standard de l’industrie, ne pas prendre position revient à être hors-jeu», estime Jean-François Hirschel pour Varenne Capital. «Il est difficile de trouver le bon curseur pour entraîner un maximum d’acteurs vers l’investissement responsable tout en assurant leur transformation», réagit Grégoire Cousté, secrétaire général du Forum pour l’Investissement Responsable. «Il est important que les PRI restent des principes et ne créent pas un carcan pour les investisseurs. L’ESG traduit un corpus de valeurs des investisseurs. Certains mettent l’accent sur le climat, d’autres sur le social, la santé, ou la culture. Cette diversité est importante pour ne pas avoir d’effet accéléré de bulle ni de 'stranded assets'», complète Sylvie Malecot, directrice à l’AF2I.

Un futur reporting

Les PRI réfléchissent toutefois à d’autres mesures. «Nous n'avons pas souhaité rendre obligatoire un audit interne ou externe sur le reporting car nous estimons que le marché n'est pas encore prêt. Il y a encore des écarts de maturité importants entre les pays», explique Marie Luchet. Le format de ces rapports devrait lui évoluer avec un reporting pilote en janvier 2021.
Des exclus volontaires

Au total 89 signataires sont sortis des PRI en 2019, dont 53 adhérents qui ont abandonné. Finance SA explique par exemple ne pas avoir eu le temps de produire le reporting demandé et a préféré quitter «par honnêteté». «On ne peut pas inclure par exemple la gestion passive dans l’ISR. Un ETF ça ne vote pas, ajoute le directeur général de Finance SA, François Delgorgue. L’ISR doit également se traduire dans les normes comptables des entreprises et le coût du capital».

AMLeague, fournisseur d’informations sur les gérants pour les institutionnels et promoteur de la gestion active, a également quitté les PRI en toute conscience. «Cela ne faisait pas beaucoup de sens pour nous de continuer à faire partie des PRI en tant que prestataire de services, nous ne nous sentions pas très compétents. Mais cela ne nous empêche pas d’intégrer un rating MSCI ESG dans nos classements», justifie le directeur général, Antoine Briant. Parmi les sortants, on compte aussi certains membres radiés faute d’avoir payé leurs cotisations ou d’avoir présenté un reporting.

Les institutionnels au rapport

Les investisseurs institutionnels sont aussi attendus au tournant. Certains parmi ces derniers font surtout confiance à leurs gérants pour appliquer leurs principes responsables. C’est le cas de Groupama. «La très grande majorité des actifs du groupe (environ 90%) sont gérés par Groupama Asset Management et notre asset manager est tout naturellement totalement intégré au groupe. Les engagements de Groupama Asset Management sont ceux du groupe. C’est pourquoi nous ne voyons pas de raison d’être deux fois signataires des PRI», explique l’assureur. Une situation qui ne devrait pas durer. Les PRI ont décidé qu’un asset manager ne peut plus signer sans l’investisseur institutionnel du même groupe. «Il est très important que les asset owners se mobilisent, ce sont eux qui font bouger le marché à travers les appels d’offres et l’orientation des pratiques des asset managers», explique Marie Luchet.

«Les PRI nous permettent d’accéder aux meilleures pratiques chez les asset owners et les asset managers, notamment en disposant d’un outil de comparaison des gérants sur leurs capacités à répondre à des questions ESG dans les appels d’offres», partage Florent Combes, directeur des risques chez Garance, signataire récent. Mais les institutionnels ne sont pas toujours très engagés. «Nous n’avons été que huit investisseurs à présenter un rapport climat aux PRI», constate-t-il.