Les portefeuilles diversifiés font les frais du changement de paradigme sur les taux

Xavier Diaz
La répartition 60-40 actions-obligations affiche l’un de ses pires résultats depuis des décennies.

La détente sur les marchés de taux et le fort rebond des marchés actions est un soulagement relatif pour les adeptes des portefeuilles 60/40. Avec la forte hausse des taux cette année, dans le contexte d’inflation au plus haut depuis 40 ans et de resserrement massif des politiques monétaires, et le net recul des marchés actions, cette stratégie d’investissement est à la cave.

Ces portefeuilles allouent 60% aux actions et 40% aux obligations pour profiter d’un effet de diversification et de décorrélation, un pari gagnant depuis des années mais pas en 2022. De fait, il s’agit de son pire début d’année depuis 1964, selon les stratégistes de Bank of America. Depuis le point haut atteint en début d’année sur les marchés actions, cette stratégie affichait une baisse de 20% (pour un portefeuille type investi sur le S&P 500 et les bons du Trésor américains à 10 ans) avant le récent rebond, indique John Plassard, conseiller en investissement chez Mirabaud.

Le problème pour ce type d’allocation est que la performance des obligations, censées jouer un rôle d’amortisseur, et celle des actions vont dans le même sens depuis le début de l’année, et de façon marquée. Cette corrélation positive a été exacerbée par la part importante des valeurs de croissance dans l’indice américain, à forte duration, donc très sensibles à l’évolution des taux. Le bond des taux a fait chuter ces valeurs et donc les actions en même temps que les obligations. Georges Saravelos, stratégiste chez Deutsche Bank, note le lien fort de ces évolutions avec les craintes de stagflation, illustré par la corrélation inverse depuis le début de l’année entre le dollar, qui bénéficie d’une prime sur le marché par rapport au risque de stagflation, et la performance d’un portefeuille 60/40.

Cette contre-performance signe-t-elle pour autant la fin de cette stratégie d’investissement ? John Plassard estime que non. Le 60/40 a bien sûr bénéficié du mouvement de baisse des taux et du développement des marchés financiers au cours des 40 dernières années avec des gains moyens annuels de 10,2% (11,7% pour les actions et 7,4% pour les obligations) mais la performance a été de 7,6% par an entre 1940 et la fin des années 1970. Et les baisses ne sont pas rares. Depuis 1926, le style a connu 21 années de baisses dont trois dans les années 1970. Toutefois, les taux 10 ans américains étaient à près de 11% au début des années 1980 et les valorisations des actions plus basses. Le moteur principal du 60/40, la diversification, risque d’être moins performant.