Les plateformes cryptos tentent de fournir des preuves de leurs réserves

Louis Tellier
Après la faillite de FTX qui ne tenait pas de manière rigoureuse ses comptes selon ses liquidateurs, les plateformes d'échanges tentent de rassurer leurs utilisateurs en publiant des preuves de réserves.
(Pexels - Rodnae Productions)

Encore valorisée à 32 milliards de dollars en janvier dernier et réputée comme la deuxième plus grande plateforme du marché crypto, FTX est aujourd’hui en faillite et brille par son absence de bilan financier «fiable» selon le premier état des lieux dressé par son nouveau PDG John J. Ray III qui aura la charge de sa liquidation.

Après une telle tromperie, le doute a envahi tout l’écosystème crypto qui se demande aujourd’hui ce que valent vraiment les bilans financiers des plateformes d’échange centralisées comme Binance, Crypto.com ou même Huobi. Pour éviter de subir le même bank run dont a été victime FTX, elles ont voulu rassurer leurs utilisateurs en tentant de prouver qu’elles n’avaient pas dilapidé leurs fonds en publiant dans la foulée des preuves de réserves. Pourtant, la plupart d’entre elles ne valent pas grand-chose.

Actuellement, le seul grand acteur disposant de la preuve de réserves réputée la plus fiable du marché est Kraken, une plateforme d’échange travaillant notamment avec Coinhouse ou la société de gestion Arquant Capital, première fintech à proposer des fonds investis directement en actifs numériques à destination des institutionnels. Après l’affaire FTX, de nombreuses autres ont promis d’en faire de même.

Une procédure longue

Pendant la chute de FTX, Binance a été la plateforme la plus proactive sur le sujet via son PDG Changpeng Zhao (CZ) qui publiait sur Twitter des chiffres pourtant invérifiables dans l’immédiat. «Il est quasiment impossible pour le commun des mortels de vérifier les chiffres avancés par une plateforme d’échange. Seul un organisme spécialisé dans l’audit en est capable. Sans certification par un auditeur indépendant, les chiffres publiés sur les réseaux sociaux relèvent plus de l’affichage», précise Pierre Noizat, fondateur de la première plateforme d’échanges au monde Paymium.

«La mise en place de telles procédures prendra beaucoup de temps, ça ne se fait pas en quelques jours. Il est aussi nécessaire pour rassurer d’effectuer l’audit avec un acteur déjà reconnu», explique de son côté Alexandre Stachtchenko, directeur blockchain & crypto chez KPMG. D’ailleurs, certaines entités du désormais ex-empire de Samuel Bankman-Fried étaient auditées par une entreprise qui était davantage connue pour être «le tout premier cabinet d'experts-comptables à ouvrir officiellement son siège dans le métavers» que par son expérience dans le domaine.

Les risques du window dressing

Sur des airs triomphants, CZ affirmait le 7 novembre sur Twitter que Binance disposait de près de 8 milliards de dollars d’ethers (ETH), la cryptomonnaie native du réseau Ethereum sur des portefeuilles physiques déconnectés d’internet, ce qui permet de réduire le risque de piratage. «Ces montants n’ont pas de valeur si l’entreprise ne publie pas un passif certifié par un organisme indépendant», tempère Pierre Noizat.

De manière générale lorsqu'un investisseur achète une cryptomonnaie via une plateforme d’échange, il ne détient pas en propre la cryptomonnaie. Il devient créancier de la plateforme qui va normalement acheter elle-même l’actif puis le stocker dans un portefeuille où seront mélangés d’autres actifs appartenant à d’autres utilisateurs. Bien souvent, la plateforme va tenir un registre de compte, qui ne sera pas visible dans la blockchain, pour connaître les montants qu’elle doit à chacun de ses utilisateurs. L’analyse financière va donc bien au-delà de la fameuse transparence permise par une blockchain publique pour déterminer de la santé d’une plateforme.

«Il faut ensuite prouver que les portefeuilles appartiennent bien à la plateforme en question», poursuit le fondateur de Paymium. La publication de réserves peut donc s’apparenter à du window dressing, une technique permettant d’améliorer la présentation comptable d’une entreprise.

C’est l’accusation qui a notamment été portée à l’encontre de la plateforme Crypto.com revendiquant 70 millions d’utilisateurs. Elle a envoyé 400 millions de dollars d’ETH le 21 octobre à un concurrent Gate.io. Une transaction passée inaperçue jusqu’à la crise FTX que le PDG de Crypto.com Kris Marszalek a justifié comme étant une «erreur, les fonds ayant été retournés. Une explication qui n’a pas vraiment rassuré de nombreuses figures de l’écosystème et même suscité un peu plus les doutes sur la véracité des réserves des plateformes d'échanges.