Les placements des majeurs protégés ne rapportent pas grand chose

Les aidants patrimoniaux comme les mandataires professionnels privilégient des supports sûrs mais peu rentables, comme l'assurance vie en fonds euro ou les livrets bancaires.
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Les placements financiers réalisés pour le compte de majeurs protégés diffèrent-ils selon que l'accompagnement soit familial ou professionnel ? Pas vraiment, si l'on en croit l'étude réalisée par le groupe Apicil en partenariat avec la société d'études BVA (1). Même si 67% des mandataires judiciaires et 43% des aidants patrimoniaux (2) indiquent se creuser la tête pour choisir des placements adaptés, ces derniers sont en réalité souvent bateau, avec une exposition au risque minimum. Livret A, jeune ou d'épargne populaire sont les plus fréquents (95% chez les mandataires, 50% chez les aidants). L'assurance vie est également primée, mais majoritairement pour les supports en fonds euro (90% chez les mandataires, 55% chez les aidants), souvent en gestion libre plutôt que pilotée. L'aversion au risque est assumée par plus de la moitié des sondés qui la citent comme raison principale de leur choix de placement. Les trois quarts des mandataires professionnels, malgré la baisse des taux des livrets d'épargne, n'ont pas réorienté l'épargne de la personne accompagnée vers un support mieux rémunéré. 

Des difficultés pour bien placer

A rebours de l'argument fréquemment véhiculé, le manque de culture financière n'explique ici pas tout. Certes, les aidants manquent de connaissance, mais aussi de temps à consacrer à l'accompagnement. Il expriment par ailleurs des difficultés sur ce qui touche à l'ingénierie patrimoniale. De leur côté, les 2.000 mandataires professionnels français gèrent en moyenne plus de 41 dossiers chacun. Ils ont logiquement du mal à trouver une solution adaptée à chaque cas. Des difficultés sont aussi exprimées sur les opérations boursières. Rien d'étonnant quand on connaît la rigidité des procédures pour effectuer des investissements à risque pour le compte d'autrui, considérés comme des actes de disposition soumis à autorisation du juge. Ils se sentent en revanche plus à l'aise que les aidants pour gérer une succession (89% contre 45%). 

Pour remédier à cette situation, 39% des mandataires et 24% des aidants souhaiteraient avoir accès à un référent expert joignable pour toute question, 31% et 20% une formation sur les placements financiers et la gestion de patrimoine. Le professionnel le plus sollicité en appui est le banquier (85% des mandataires, 35% des aidants), suivi du CGP (54%, 17%) puis du notaire à quasi-égalité avec l'assureur ou la mutuelle. 

Aujourd'hui, 800.000 personnes sont placées sous mesure de protection juridique - tutelle, curatelle, sauvegarde de justice ou habilitation familiale - en France. 483.000 sont prises en charge par un mandataire professionnel, les autres étant accompagnés par un proche. 

(1) Enquête réalisée par téléphone du 2 au 12 juillet 2021 auprès de 100 mandataires professionnels (13 en association, 45 en libéral, 42 en établissement hospitalier, social ou médico-social), et du 1er au 12 juillet par internet auprès de 304 aidants patrimoniaux ayant déclaré gérer les finances ou le patrimoine de personnes majeures de leur entourage n'ayant plus les capactés mentales ou physiques de le faire seules, dont la représentativité a été assurée par la méthode des quota.
(2) L'aidant patrimonial peut remplir les autres fonctions de l'aidant, comme assister la personne dans ses tâches quotidiennes, mais ces rôles peuvent aussi être répartis entre différents membres de la famille.