Actions européennes

Les petites capitalisations sous surveillance

Les analystes attendent pour cette classe d’actifs des résultats inférieurs à ceux des grandes valeurs pour 2017
Mais cela n’enlève rien au potentiel dont disposent les plus petites valeurs si aucune crise politique ne vient perturber les marchés

Après une année 2015 exceptionnelle sur les petites capitalisations européennes, 2016 s’est révélée plus compliquée (voir le graphique). Les inquiétudes passagères sur la croissance mondiale et les premiers signes de remontée des taux en milieu d’année ont poussé les investisseurs à revenir sur les grandes valeurs value, auparavant délaissées. Finalement, les grandes capitalisations ont fini l’année 2016 à +3,25 % tandis que les petites n’ont enregistré qu’une performance de 1,26 %.

Alors qu’aux Etats-Unis, les petites capitalisations ont profité à plein des effets d’annonce qui ont suivi l’élection de Donald Trump à la fin de l’année dernière – certains allocataires commençant même à prendre leurs bénéfices sur cette zone géographique –, il est temps d’examiner quel est le potentiel boursier des petites valeurs européennes. Et force est de constater que leur situation se révèle aujourd’hui paradoxale sur bien des points.

Trop d’anticipations et le Brexit mal vécu.

Premier paradoxe : en 2016, alors que la progression des résultats des petites capitalisations européennes a été supérieure d’environ 9 points à celle des grandes capitalisations (les résultats de ces dernières ont reculé de 2 % par rapport à 2015 alors que ceux des petites capitalisations ont progressé de 7 %), ce sont finalement les grandes capitalisations qui ont le mieux performé en Bourse. « Cela est dû au fait que les espoirs de croissance avaient déjà été anticipés par les marchés en 2015. Or, en 2016, après un début d’année catastrophique, les secteurs boursiers qui ont le plus profité de la reprise ont été les matières premières et les valeurs bancaires, deux segments particulièrement peu représentés dans les petites capitalisations », explique Alain Caffort, gérant chez Pictet.

Par ailleurs, la décision de la Grande-Bretagne de sortir de l’Union européenne a particulièrement pénalisé les petites capitalisations européennes, sachant que les indices sur cette classe d’actifs sont constitués pour environ 30 % de valeurs britanniques pour le MSCI Small Cap et un peu plus de 20 % pour le Stoxx Europe Small Cap. Ainsi, « le Brexit a pesé négativement à hauteur de 7 points sur la performance du MSCI Europe Small Cap en euros en 2016 », constate un gérant.

Anomalie sur les résultats attendus.

Autre anomalie sur la classe d’actifs : cette année, alors que la croissance européenne semble s’affirmer et que les indices de confiance (PMI) demeurent positifs, la croissance des résultats des petites capitalisations est attendue plus faible que celle des grandes valeurs, alors que c’est traditionnellement l’inverse qui se produit. « Pour 2017, les analystes attendent 7,2 % de croissance des résultats sur les petites capitalisations contre 12 % sur les grandes », constate Alain Caffort. Quelle est la raison de cette anomalie ? Encore une fois, cela est dû aux différences sectorielles entre grandes et petites capitalisations. « Les anticipations de résultats pour 2017 des grandes capitalisations sont tirées par le rebond des valeurs du secteur de l’énergie », répond le gérant.

A noter également que les révisions à la baisse des anticipations de résultats se révèlent beaucoup moins fortes sur le segment des petites capitalisations, les analystes étant généralement plus prudents sur cette classe d’actifs. Un professionnel estime donc qu’« en l’absence de crise, il n’y a pas de raison pour qu’il y ait une consolidation sur les petites valeurs par rapport aux grandes ».

L’exception française.

Le dernier point singulier sur les petites valeurs tient à la surperformance des actions françaises. Contrairement aux titres européens dans leur ensemble, les petites capitalisations françaises ont en effet fortement surperformé les indices de grandes capitalisations en 2016. Ainsi, le CAC Small a progressé de 9,91 % en 2016 contre 4,86 % pour le CAC 40.

Le PEA-PME, véhicule créé en 2014 pour favoriser l’investissement dans des entreprises de petites tailles, et l’avantage fiscal lors d’un transfert sur ce véhicule des fonds issus de la cession des OPCVM monétaires (qui se termine le 31 mars, lire l’encadré) ont sans doute soutenu les valeurs françaises. Mais Diane Bruno, gérante chez Mandarine Gestion, explique aussi cette surperformance par la conjoncture très spéciale en Europe en 2016. « Un gérant qui voulait investir sur des petites capitalisations européennes avait toutes les raisons de rester à l’écart de la Grande-Bretagne à cause du Brexit ou de l’Italie, ou même du fait du référendum concernant les réformes constitutionnelles en décembre. Par ailleurs, les questionnements sur la Chine au début de l’année 2016 ont pu refroidir les investisseurs à l’idée de se positionner sur l’Allemagne, exposée à cette zone. Il leur restait donc la France pour investir sur cette classe d’actifs. »

Si l’on se fie à cette logique de flux, il est alors naturel de s’interroger sur la pérennité de ce mouvement. Mais Alain Caffort se veut confiant et estime que « même si les petites capitalisations françaises ont mieux performé que les autres l’année dernière, ce début d’année montre qu’il n’y a pas de crainte particulière aujourd’hui sur cette zone géographique, comparé au reste de l’Europe ».

Attentisme.

Pour les mois à venir, les gérants sont donc généralement confiants sur la classe d’actifs dans son ensemble d’autant que, selon les professionnels, elle n’apparaît pas survalorisée. « Nous pourrions assister à une performance des petites capitalisations européennes en ligne avec les attentes sur les résultats, c’est-à-dire entre 7 % et 8 % », déclare Alain Caffort. Par ailleurs, « cette année, les managements des petites capitalisations sont en général plus clairement positifs que l’année dernière à la même époque », constate Diane Bruno. En outre, ces valeurs, qui  été soutenues par des mouvements de fusions et acquisitions l’année dernière, « devraient continuer de profiter de cette tendance », continue la professionnelle.

L’ombre des élections pèse cependant sur ce tableau. Les investisseurs étrangers sont en effet inquiets de la manière dont peut se dérouler le scrutin en France. Ils craignent aussi les conséquences des autres échéances européennes (Pays-Bas et Allemagne). Car « le risque d’illiquidité en cas de problème sur les marchés n’est pas toujours pris en compte dans la valorisation de certaines petites valeurs », note Grégoire Uettwiller, gérant chez Moneta.

Finalement, « beaucoup ont une position attentiste sur les petites capitalisations, même s’il n’est pas exclu que nous assistions à un rally de fin d’année sur cette classe d’actifs », affirme un gérant. Mais avant d’en être sûr, il faudra d’abord passer les différentes échéances électorales.