Investissement socialement responsable

Les particuliers attendus sur l’ISR

Les investisseurs particuliers connaissent encore mal l’offre de produits socialement responsables
Cette thématique devient cependant peu à peu un argument commercial
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Le 5 octobre dernier se finissait la huitième édition de la semaine de la finance responsable, organisée par le Forum pour l’investissement responsable (FIR) et avec l’appui, depuis cinq ans, du ministère de la Transition écologique et solidaire et, depuis 2015, du ministère de l’Économie et des finances. Comme chaque année, cette semaine a été l’occasion pour de nombreux professionnels de se mobiliser pour expliquer et faire connaître aux investisseurs les enjeux de la prise en compte de critères environnementaux, sociaux ou sociétaux dans la gestion.

Or, ce concept a maintenant plus de 15 ans en France, et force est de constater que si de nombreux institutionnels sont aujourd’hui impliqués dans ces thématiques, les particuliers restent encore à la traîne. Aujourd’hui, l’utilité de l’investissement socialement responsable (ISR) ne fait plus aucun doute pour de nombreux professionnels, mais reste à savoir si, après avoir été mis en avant pendant huit jours, cette thématique sera encore oubliée jusqu’à l’année prochaine.

Sondage édifiant. La problématique de l’ISR est donc claire : si les particuliers sont favorables à l’intégration de critères extra-financiers dans la gestion, ils restent très majoritairement sous-informés sur les produits responsables. Ainsi, une enquête du FIR et de Vigeo Eiris, élaborée par Ipsos montre que 48 % des investisseurs individuels disent accorder une place très importante (10 %) ou importante (38 %) aux impacts environnementaux et sociaux dans ses décisions de placements, mais que, dans le même temps, l’ISR reste méconnu pour 66 % des Français. Conséquence - ou raison - de cette méconnaissance, l’étude indique que seulement 3 % des Français se sont vus proposer de l’ISR par leur établissement financier.

Une offre à simplifier. Ce chiffre très faible peut aussi se comprendre par le manque de clarté qui entoure cette offre ISR. Même si, avec la création des différents labels, l’investissement socialement responsable tend à se normaliser, les subtilités demeurent nombreuses, non seulement sur l’univers des fonds ISR que sur la définition de chacun des produits. Ainsi, les encours totaux de l’ISR en France, au sens très large du terme, se montent à environ 3.100 milliards d’euros selon le dernier rapport d’Eurosif de 2016. Mais Novethic, filiale de la Caisse des dépôts créée en 2001 et observateur historique de l’ISR, concentre maintenant ses études sur les chiffres de l’ISR de conviction, c’est-à-dire les « fonds ISR et thématiques dont les portefeuilles sont construits en s’appuyant fortement sur l’analyse ESG des émetteurs ». Ces produits, au nombre de 122 (gérés par 38 sociétés de gestion), ne totalisent que 24,6 milliards d’euros d’encours. Difficile donc de s’y retrouver avec de tels écarts sur l’univers pris en compte.

Rôle du conseiller bancaire. Si plusieurs organismes financiers jouent le jeu et communiquent sur l’ISR auprès de leurs clients, le FIR milite pour une généralisation de ces pratiques, en demandant aux pouvoirs publics de mettre en place une mesure pour « que l’on propose dans toute offre de produit financier destinée au grand public au moins un fonds responsable ». Ce type de mesure pourrait d’ailleurs trouver un écho positif auprès des distributeurs de produits alors même que, toujours selon le sondage FIR, Vigeo Eiris - Ipsos, 72 % des épargnants individuels souhaitent que les enjeux de développement durable soient inclus obligatoirement dans les produits d’épargne et que 41 % de ces mêmes épargnants estiment que les produits d’ISR seraient de nature à renforcer leur confiance dans la gestion de leur épargne.

CGP impliqués. Si les conseillers bancaires ont un rôle clé à jouer dans le développement de l’ISR auprès des particuliers, les conseillers en investissements financiers indépendants peuvent aussi y contribuer. Si les critères ISR n’ont pas tout le temps été mis en avant ces dernières années, cela pourrait évoluer. De ce qui était parfois vécu comme une contrainte d’investissement, l’ISR pourrait maintenant devenir un argument pour établir un contact avec les clients. Certains conseillers se sont d’ailleurs lancés sur cette thématique et ont intégré l’ISR jusque dans leur manière de fonctionner.