Les ménages français renforcent leurs placements financiers de court terme

Patrick Aussannaire, Agefi Quotidien
La légère hausse des flux nets des ménages a profité aux dépôts à vue et aux livrets au détriment de l’assurance vie et du Plan d’épargne logement (PEL)

Dans son étude sur les placements financiers des ménages en 2016 publiée hier, BPCE constate une prédilection pour les placements courts (dépôts à vue, DAV et livrets) au détriment de l’assurance vie et du Plan d’épargne logement (PEL). Les excédents sur les DAV ont atteint un nouveau record de 30,9 milliards d’euros l’an dernier, avec un net redressement du Livret A, et une première collecte annuelle positive sur les livrets bancaires depuis 2011. Dans le même temps, la collecte nette du PEL a reculé à un niveau moyen de 700 millions d’euros par mois alors que l’assurance vie a enregistré une baisse des excédents de 29%, même si le niveau de cotisations demeure élevé. «L’illusion nominale prévaut toujours» et «les ménages n’ont toujours pas accepté le nouveau régime de taux», explique l’étude.

Cette tendance s’explique par une courbe des taux de l’offre qui est largement déconnectée des taux de marché, avec des taux courts à 0,75% plutôt que négatifs, et des taux longs autour de 2% au lieu de 0,5%. «Les ménages sont en train de considérer que le rendement des livrets réglementés est loin d’être négligeable dans un contexte de taux bas», estime cependant Alain Tourdjman, le directeur des études économiques du Groupe BPCE. Le taux du PEL reste en effet élevé à un niveau de 1,5% à fin 2016, alors que le rendement des fonds euros d’assurance vie reste encore proche de 2%. Concernant les placements en assurance vie, l’étude BPCE précise que «l’érosion du rendement en euros sur fond de remontée des taux conduit à chercher une meilleure rémunération via les unités de compte».

Contrairement à d’autres pays, le taux d’épargne des ménages français n’a pas fléchi depuis 20 à 25 ans et s’est même hissé à 15%, son plus haut niveau depuis 2012, malgré une inflation et un taux de croissance du pouvoir d’achat qui sont au plus bas depuis 30 ans. Cette épargne «correspond à des anticipations de baisse des revenus futurs et surtout du niveau de protection sociale, un niveau de préoccupation croissante pour les enjeux de la longue vie (retraite, dépendance, aide aux enfants…) et partagé par toutes les générations», explique l’étude. Les flux nets annuels des ménages hors titres ont légèrement progressé sur 2016 pour atteindre 48 milliards d’euros. Ce niveau est certes en nette hausse par rapport à la période 2011-2014 mais ne réussit pas à retrouver ceux connus dans les années 2006 et 2007.