Les ménages aisés, grands gagnants du confinement

Selon le Conseil d’analyse économique, le surplus d’épargne des Français les plus aisés (les deux derniers déciles) s’est élevé à 32 milliards d’euros pendant le confinement.
Près de 70 % du surcroît de l’épargne ont été réalisés par 20 % des ménage les plus aisés. Credit : Pixabay

N’en déplaisent aux pouvoirs publics qui souhaitent flécher leur surplus d’épargne vers l’économie réelle et à vider leurs livrets A, tous les Français ne dorment pas sur un bas de laine bien garni. L’étude du Conseil d’analyse économique (CAE), think tank rattaché au Premier ministre, dévoile une forte disparité de comportements en fonction de leurs revenus.

Pour mener ses travaux, le CAE s’est basé sur la compilation de données bancaires anonymisées, fournies par le Crédit Mutuel Alliance Fédérale et le Groupement Cartes Bancaires CB.

Les ménages aisés ont fortement réduit leur train de vie

Le CAE évalue à 6,3 % la perte annualisée de la consommation globale pendant le confinement. Une baisse importante qui n’a pas été rattrapée par le rebond constaté au déconfinement. Juin et juillet ont d’ailleurs été les deux mois où la reprise a été la plus forte, septembre marquant un essoufflement selon l’Insee et la Banque de France.

Pour avoir une meilleure granularité de ces données, le CAE a compilé la somme des achats par cartes bancaires, les retraits d’espèces et les paiements par chèques. Généralement exécuté par virement ou prélèvement, le règlement des charges fixes a été exclu. Les ménages ont été répartis en décile : le premier perçoit au maximum 245 euros par mois, tandis que les revenus des 9ème et 10ème déciles s’élèvent à respectivement 3.252 et 4.826 euros par mois.

Résultat de l'analyse : ce sont les ménages les plus aisés qui ont le plus réduit leur consommation pendant le confinement. Malgré un rebond à partir d’avril, elle reste en-dessous de son niveau de 2019 et de celui pré‐Covid de début 2020. Cette tendance s’observe au-delà du dernier décile : « plus les personnes sont aisées et plus leur consommation a baissé sur toute la période », expliquent les auteurs de l’étude.

Dynamique de la consommation des ménages par décile

Source : Exploitation des données Groupement Cartes Bancaires CB par le CAE

Ces dynamiques s’expliquent par la nature de consommation des ménages. Les plus aisés ont des habitudes qui vont « au‐delà des biens essentiels. Or c’est précisément ce type de consommation qui était impossible pendant le confinement, ce qui explique une chute de consommation proportionnellement plus forte », décrypte le CAE. De leur côté, les ménages modestes ont moins diminué leur consommation puisqu’elle se concentre habituellement sur les biens essentiels. Elle a toutefois connu un rebond au déconfinement.

En corrollaire de ces dynamiques de consommation découlent des tendances d’épargne similaires. 

Les Français aisés, champions de l’épargne

C’est l’autre constat majeur de l’étude : près de 70 % du surcroît de l’épargne ont été réalisés par 20 % des ménages. Le surplus d’épargne des Français les plus aisés (les deux derniers déciles) s’élève à 32 milliards d’euros selon le CAE.

Deux explications sont avancées par les auteurs : la disparité de comportements de consommation mais aussi potentiellement une différence en termes de revenus, non visible encore au moment de l’étude. « Cela se traduit aussi par une baisse de l’endettement des plus aisés (probablement expliqué par un moindre recours au crédit) contre une augmentation pour les plus modestes », ajoutent-ils.

Source : Exploitation des données Groupement Cartes Bancaires CB par le CAE

Les auteurs se sont également penchés sur l’impact en temps réel de politiques, notamment celle de la distribution de l’allocation de rentrée scolaire. Ils on en déduit une « grande sensibilité des ménages à bas revenus et à faible épargne aux variations du revenu ». Un constat qui amène à une conclusion sans appel de leur part : « Un soutien beaucoup plus franc aux ménages les plus modestes, plus exposés aux conséquences économiques des mesures sanitaires, va très rapidement s’avérer nécessaire ».