Les marchés restent calmes face au résultat des législatives françaises

L'Agefi Quotidien
Les élections de dimanche n’ont eu que peu d’effets sur le spread entre les dettes française et allemande.

Malgré la perte de la majorité absolue par Emmanuel Macron, LREM et ses alliés, qui n’ont obtenu que 245 sièges sur 577 à l’Assemblée nationale dimanche, la réaction des marchés est restée modérée lundi 20 juin. En gagnant +0,64% à 5.920 points, le CAC 40 a à peine moins progressé que les autres indices européens. L’euro-dollar est resté stable à 1,05.

Même si les rendements de l’OAT à 10 ans se sont tendus de 10 points de base (pb) à 2,32% en fin de séance, ils ont suivi la même tendance que le Bund allemand (+8 pb à 1,74%) ou que le BTP italien (+13 pb à 3,80%). Et cette réaction tardive doit sans doute davantage aux propos pessimistes de la présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, qui s'exprimait dans l'après-midi devant la Commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen. La dirigeante a estimé que les risques pour la stabilité financière européenne se sont accrus et que la correction des prix des actifs due à la hausse des taux d’intérêt pourrait se poursuivre, peut-être de façon brutale.

«La politique monétaire prend souvent le pas sur les questions intérieures, et les marchés de taux ont encore du mal à appréhender les effets du résultat législatif français, effets qui pourraient aussi être positifs pour le budget si le gouvernement doit mener une politique plus à droite. Cela dit, dans le contexte actuel de hausse des taux et des spreads, la réaction par défaut aurait dû être plus forte», estimait Antoine Bouvet, stratégiste taux chez ING, lundi midi.

Réformes incertaines, crédit entamé

L’absence de réaction serait-elle aussi un effet de l’annonce du nouvel outil antifragmentation de la Banque centrale européenne (BCE) ? «Possible, même si une question se posera sur le fait de savoir si la France fait ou non partie des pays ‘core’, qui ne devraient pas en bénéficier. Un autre aspect peut venir du fait que, comme le suggèrent certains, le président français étant plus contraint sur sa politique intérieure, il passerait plus de temps à avancer l’intégration européenne, ce qui serait bon pour les taux euro plus globalement», ajoute Antoine Bouvet.

Privé d’une majorité parlementaire, Emmanuel Macron aura du mal à appliquer son programme de réformes, et devra sans doute chercher le soutien d'élus de la Nupes ou des Républicains pour certaines mesures spécifiques, souligne une note des analystes de KBC Bank. «La perte de la majorité absolue constitue un revers potentiel pour relever les défis du crédit de la France (AA/Stable)Le résultat le plus probable est celui d’une politique intérieure moins prévisible, une mise en œuvre des réformes de plus en plus incertaine à moins d’une coalition avec le parti Les Républicains (61 sièges)», estime Thomas Gillet, associate director secteur public chez Scope Ratings

Le risque d'une plus grande instabilité politique est dans toutes les têtes, avec la menace d’une motion de censure de la coalition de gauche contre le gouvernement dès le 5 juillet. «Un parlement aussi fragmenté aboutira probablement à une impasse politique, avec un programme de réformes beaucoup plus lent, ce qui pourrait conduire à un vote de défiance et/ou à une dissolution de l’Assemblée nationale au cours de l’année à venir. Cette situation risque d’affaiblir la position de la France en Europe, et de mettre en péril la situation budgétaire du pays, qui est déjà faible», renchérit Philippe Gudin, économiste chez Barclays. Les marchés pourraient en prendre conscience plus progressivement dans les semaines qui viennent.