Actions

Les marchés hésitent entre amorce de reprise et faux-semblant

Ces dernières semaines, les marchés d’actions ont repris une partie de la performance qu’ils avaient abandonnée depuis le début de l’année Les mauvaises nouvelles macroéconomiques se font plus rares et certains observateurs veulent y voir les premiers signes d’une reprise.

Il y a encore quelques mois, les allocataires étaient peu nombreux à vouloir s’exposer à nouveau sur les marchés d’actions. Aujourd’hui, un an et demi après le début de la baisse des indices, ils sont plutôt à l’affut des bonnes nouvelles. Les premiers signes d’optimisme réapparaissent. A en croire certains économistes, l’éclaircie pourrait être pour bientôt. Euphorisés par cette embellie passagère, les indices d’actions ont repris en un mois et demi près de 20 %, les ramenant à un niveau proche de celui qu’ils avaient au début de l’année.

L’hebdomadaire The Economist titrait la semaine dernière « Lueur d’espoir ? »(Glimmy of hope ?). Mais ces signes valent-ils la peine de s’y attarder ? L’interrogation reste entière. Si une reprise macroéconomique marquerait, sans aucun doute, un rebond durable des actions, la moindre inquiétude fait toujours plonger les indices de plusieurs pourcents. En témoigne la baisse de presque 4 % en une séance, la semaine dernière, des marchés américains et européens, sans véritable raison apparente. Une panique passagère qui, huit jours plus tard, était presque effacée.

Effet valorisation.

« Il y a quelques semaines, les gestionnaires avaient tous peur de subir la baisse des actions. Aujourd’hui, ils ont peur de rater la hausse », s’étonne un professionnel. Quelle est la raison de cet engouement subit ? Certes, l’économie n’a pas montré de signes tangibles de retournement, mais le sentiment global des marchés a évolué. Les nouvelles, sans être pour autant optimistes, commencent à devenir plus encourageantes.

Aujourd’hui, d’après certains gérants, les actions bénéficient de nombreux facteurs de soutien. En premier lieu, la proportion de liquidités chez les investisseurs institutionnels reste, selon des gestionnaires, très importante. Or, ces liquidités ne sont aujourd’hui quasiment plus rémunérées, ce qui pourrait convaincre des investisseurs de se réexposer aux actions, même si cela se fait d’abord très progressivement. D’autant que la classe d’actifs a perdu 60 % de sa valeur depuis les plus hauts du printemps 2007 et devient, de ce fait, beaucoup plus attractive qu’il y a quelques mois. « Nous ne pourrons pas perdre indéfiniment 25 % par an sur ces actifs », assure un gestionnaire.

Ensuite, même si les bénéfices des entreprises restent mauvais en 2009, le marché a déjà, pour une grande partie, valorisé ces baisses. « Avec un horizon à plusieurs années, et même en prenant en compte les mauvais résultats attendus pour 2009, les valorisations des actions n’ont jamais été aussi faibles », note Dominique Villeroy de Galhau, directeur général de la Financière Tiépolo. De la même manière, le rendement moyen des actions n’a jamais été aussi élevé. Ainsi, certaines valeurs présentent des ratios de prix/bénéfice de 6 (pour une moyenne historique plus proche de 12,5) et des rendements de 8 % (pour une moyenne historique plus proche de 2,5 %). « Nous n’excluons pas qu’à la fin de l’année, les indices affichent une performance positive par rapport au mois de janvier », anticipe Dominique Villeroy de Galhau.

Frémissements.

Par ailleurs, même si aucun signe de reprise n’est encore véritablement visible au niveau macroéconomique, les indicateurs de sentiment économiques, aussi bien aux Etats-Unis qu’en Europe, marquent les premiers pas vers un possible retournement. Ainsi, l’ISM manufacturier américain ou l’indice du climat des affaires européen se sont légèrement redressés depuis leur plus bas à la fin du mois de décembre. « Les affaires ont plongé en janvier et février mais, à la fin du mois de mars et au début du mois d’avril, nous avons rencontré quelques chefs d’entreprise qui ont constaté une inflexion de tendance. Même si celle-ci demande bien sûr à être confirmée », déclare Dominique Villeroy de Galhau.

Selon certains gestionnaires, la baisse du début de l’année était exagérée. En effet, si la chute des marchés est liée à des causes rationnelles, comme la situation difficile des entreprises ou les tensions sur le crédit, cette baisse était aussi due à un mouvement de panique attaché à la crainte d’un risque systémique. « Nous estimons que le risque systémique s’éloigne, ce qui explique le rebond de ces dernières semaines », déclare Maurice Gravier, directeur de la gestion active actions chez Natixis Asset Management. « Nous pensons que nous ne sommes pas loin d'avoir vu les plus bas du marché, sauf à nous trouver aujourd'hui dans une situation de dépression économique très profonde, ce qui est loin d'être notre scénario principal », continue-t-il.

Cependant, cette reprise n’en est encore aujourd’hui qu’au stade du frémissement. Et malgré le regain d’optimisme observé ces dernières semaines, rien n’indique que ce rebond de l’activité sera durable.

Anomalies de marché.

L’amplitude de la baisse a donc parfois été exagérée, mais il en va peut-être de même pour la récente reprise des indices. Depuis presque deux ans, les investisseurs avaient tendance à interpréter négativement toutes les nouvelles du marché, y compris les bonnes. Depuis trois semaines, la tendance s’est totalement inversée, au point que même les mauvaises nouvelles provoquent parfois une hausse des cours des actions.

D’ailleurs, Pierre Sabatier, stratège de PrimeView, note que la corrélation négative entre l’évolution du cours de Bourse et celle des révisions de résultats n’a jamais été aussi importante. En clair, depuis quelques semaines, lorsque les résultats des entreprises étaient révisés à la baisse, leur cotation a paradoxalement progressé dans la plupart des cas. « Cette situation indique typiquement un rebond technique et ne devrait pas durer, indique-t-il. Depuis le mois de mars, le marché a été tiré uniquement par les secteurs des financières et des valeurs cycliques qui avaient été survendues pendant la crise.Nous nous attendons maintenant à ce que les entreprises évoluent dans le sens de leurs révisions de résultats et non pas à l’inverse ! »

Trompe-l’œil.

Si le sentiment de marché semble avoir changé - et ce malgré les récentes séances d’extrême volatilité -, les gestionnaires sont loin d’être devenus unanimement positifs sur la classe d’actifs. « Nous ne voyons pas de raisons autres que les valorisations et l’amélioration régulière du ‘sentiment de marché’ pour lesquelles il faudrait investir aujourd’hui sur les actions. Seul l’investissement public pourrait faire rebondir l’économie et redonner confiance aux divers agents économiques, mais les signes d’un éventuel redémarrage ne sont pas encore visibles », indique Arnaud Raimon, président d’Alienor Capital.

Le danger que voient certains gérants est donc l’effacement pur et simple de la hausse observée ces dernières semaines si les signes de reprise de l’économie ne se concrétisent pas avant la fin de l’été. « Les prix observés aujourd’hui sur les marchés se révéleront intéressants seulement dans l’hypothèse d’une reprise économique », poursuit Arnaud Raimon.

Le thème du rendement.

Dans cet environnement difficile, de nombreux gestionnaires estiment que la distribution de dividendes élevés est, pour les entreprises, un bon signe de solidité financière et proposent aux investisseurs qui voudraient entrer aujourd’hui sur le marché des actions de le faire viades fonds investis sur des valeurs de rendement. Il n’est donc pas étonnant que cette thématique devienne d’actualité. Allianz Global Investor ou Axa Asset Management ont, pour ne citer qu’eux, récemment communiqué sur ce sujet. Une piste à explorer, mais avec prudence car le rendement affiché et le dividende sont parfois deux choses bien distinctes (lire l'avis d’expert).