Nicolas Forest, directeur de la gestion obligataire, Candriam AM

Les marchés finiront par prendre leurs profits sur la dette périphérique

Nicolas Forest, directeur de la gestion obligataire, Candriam AM

L’Agefi Actifs. - L’aversion pour le risque a profité aux titres français et allemands en ce début d’année mais parallèlement, les « spreads » périphériques se sont aussi resserrés. N’est-ce pas étonnant ?

Forest Nicolas. - Nous anticipions un resserrement des spreads, mais le mouvement a été plus rapide que nous ne le prévoyions puisque nous sommes aujourd’hui quasiment au niveau que nous attendions à la fin du quatrième trimestre. En soi, ce mouvement est logique dans la mesure où la politique monétaire de la BCE a permis de maîtriser le risque de liquidité qui menaçait encore en 2012 des pays comme l’Espagne ou l’Italie. Le risque systémique d’implosion de la zone euro a également été circonscrit, de sorte que le regain d’aversion pour le risque constaté ces dernières semaines a profité aux obligations souveraines, et en premier lieu aux obligations périphériques qui ont surperformé le compartiment. Dans un environnement de taux d’intérêt bas dans les pays développés, les investisseurs sont à la recherche de rendement. Ces dernières semaines, la demande des investisseurs internationaux a été plus importante lors des dernières adjudications de dette du Portugal, de l’Irlande, et de l’Espagne.

Les incertitudes politiques, notamment en Italie, ne pourraient-elles cependant pas remettre en cause cette normalisation ?

- Les incertitudes sur la politique italienne ne sont pas de nature à remettre en cause le resserrement des spreads périphériques à court terme car le risque systémique et le risque de liquidité sont derrière nous. Il s’agit d’une problématique de long terme, qui ne concerne pas que l’Italie, mais aussi des pays comme la France. La question est de savoir comment les autorités politiques corrigeront la trajectoire de la dette et des déficits, réduiront le chômage et amélioreront la compétitivité… Cela pose le problème de la capacité à réformer des gouvernements et, pour l’heure, le discours de Matteo Renzi, président du Conseil italien, flatte les marchés, qui lui donnent crédit. Peut-être sont-ils trop positifs car ce sont les résultats de sa politique qui compteront sur le long terme.

Etant donné le resserrement rapide des « spreads », avez-vous modifié votre scénario pour 2014 ?

- Non, nous continuons par exemple d’anticiper un resserrement des spreads à 10 ans italien et espagnol, à respectivement 170 et 150 points de base (ils sont actuellement d’environ 190 pb, ndlr) d’ici à la fin de l’année. Le mouvement va se poursuivre à un rythme plus lent, et nous estimons que les marchés devraient à un moment donné prendre leurs profits. Après avoir versé pendant plusieurs années dans un pessimisme extrême en vendant massivement les dettes périphériques, il ne faudrait pas que les investisseurs pèchent par optimisme en négligeant d’intégrer les problématiques de long terme dans les taux d’intérêt.