Les marchés européens redoutent une double peine

Olivier Pinaud
En plus de l'impasse actuelle sur le Brexit, la nouvelle variante du Covid fait craindre pour la reprise des économies.
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La chute de 2,5% de la livre sterling par rapport au dollar lundi dans la journée, soit la plus forte chute de la devise britannique depuis mars, en dit long. L’arrêt depuis ce week-end de la plupart des liaisons de et vers le Royaume-Uni en raison de la propagation d’une nouvelle souche du Covid-19 a ravivé les inquiétudes des marchés financiers, alors que ces derniers s’attendaient à passer une fin d'année à contempler calmement les gains encaissés cet automne. Autre signe de la nervosité des investisseurs, l'indice mesurant la volatilité implicite de l'EuroStoxx 50 a bondi de plus de 25%.

«Malgré l'arrivée graduelle des vaccins, la progression de la pandémie n'arrive pas à être maîtrisée en cette fin d’année», souligne Sebastian Paris Horvitz, stratégiste de La Banque Postale Asset Management (LBPAM), et «il est plus que probable que cette évolution inattendue de l'épidémie, avec cette progression rapide des contagions, aura un impact sur l’activité». Selon lui, «les mesures de confinement déjà annoncées ou qui pourraient l'être, s'il n'y a pas d'infléchissement rapide de cette dynamique, vont se traduire par un ralentissement marqué», alors que des interrogations existaient déjà sur le rythme de reprise de l'économie.

«Aucun chauffeur ne veut livrer au Royaume-Uni maintenant, donc le Royaume-Uni va voir son approvisionnement en fret se tarir», a déclaré la Fédération nationale des transports routiers (FNTR) française.

«Un cauchemar juste avant Noël»

La deuxième chaîne de supermarchés britannique, Sainsbury's, a prévenu que des manques pour des produits tels que les salades, les choux-fleurs et les agrumes se feraient sentir en quelques jours si les liaisons avec l'Europe continentale n'étaient pas rapidement rétablies. Les producteurs de fruits de mer en Ecosse ont fait état de plusieurs tonnes de produits périssables bloqués sur les routes. Les perturbations en Grande-Bretagne vont aussi sévèrement affecter l'approvisionnement de l’Irlande. «C’est un cauchemar juste avant Noël», a regretté le directeur général du lobby écossais de l’industrie de l’alimentation et des boissons.

Ces perturbations interviennent alors que les ports et les terminaux britanniques étaient déjà saturés avec la perspective du Brexit qui doit entrer en vigueur le 31 décembre à minuit.

Or, ce matin, un accord sur le cadre commercial qui reliera l’Union européenne du Royaume-Uni reste très hypothétique. Boris Johnson, le Premier ministre britannique, a déclaré lundi que des difficultés persistaient dans les négociations entre la Grande-Bretagne et l'Union européenne sur leurs futures relations. Une point de vue partagé par le secrétaire d'Etat français aux Affaires européennes, Clément Beaune.

Mesures temporaires

Le temps presse, alors que le Parlement européen (PE) avait dit avoir besoin d’un accord dimanche soir au plus tard pour pouvoir le ratifier avant le 31 décembre. «Si les deux parties tombent désormais d’accord avant le 1er janvier, l’Union européenne peut l’appliquer de manière provisoire et le PE prendra alors le temps de l’adopter (ou non ce qui aboutirait à un ‘no deal’) en janvier – le Parlement britannique peut lui se réunir dans l’urgence (sans besoin de traduction ni de concertation)», rappelle Bruno De Moura Fernandes, économiste Europe chez Coface.

Mais un dérapage du calendrier n’est pas exclu, selon lui : «Si les deux parties se rapprochent et se mettent d’accord pour poursuivre les négociations avec une finalisation de l’accord dans les premiers jours de janvier, elles devront s’entendre sur les mesures temporaires à mettre en place pendant ces semaines de transition supplémentaires, bien que le ministre des Transports britannique ait écarté cette possibilité lundi.»

Le prolongement probable de cette période d’incertitude n’arrangerait pas les inquiétudes des marchés.