Les marchés encaissent l’impuissance des banques centrales

Par Alexandre Garabedian
Ni la BCE ni la Fed ne peuvent mettre fin à la déroute financière liée au coronavirus.
(Bloomberg)

Un krach historique sur les Bourses européennes, des rendements qui s’écartent dans des proportions rappelant la crise de la zone euro, une Réserve fédérale américaine obligée d’inonder le système financier de cash sans mettre fin à la déroute des actifs risqués… La journée de jeudi restera dans les mémoires comme celle où les investisseurs, habitués depuis dix ans à ce que la politique monétaire s’occupe de tout, ont admis que les banques centrales restent relativement impuissantes face à un événement exogène tel qu’une pandémie.

En dévoilant jeudi un plan de soutien ciblé, privilégiant le secteur bancaire, la Banque centrale européenne (BCE) a assumé ses limites. Christine Lagarde, sa présidente, a rappelé que la réponse doit « d'abord et avant tout être budgétaire ».

« La BCE n’est pas en première ligne de défense de cette crise, qui est d’abord un choc d’offre, puis de demande, accompagné d’une instabilité financière, appuie Franck Dixmier, directeur des gestions obligataires d’Allianz Global Investors. Ce message, difficile à entendre par les marchés, correspond pourtant bien à notre analyse de la situation.» Le package dévoilé hier trouve grâce aussi aux yeux des économistes de Barclays, « pourvu qu’il soit complété la semaine prochaine à l’Eurogroupe par des mesures budgétaires significatives et rapides ».

C’est en effet aux gouvernements qu’il incombe de traiter une crise sanitaire ayant dégénéré en crise économique. Les banques centrales n’interviennent qu’en deuxième rideau, pour parer à toute propagation au système financier. D'où l'intervention de la Fed jeudi soir, prête à injecter 1.500 milliards de dollars afin d'éviter que le marché des emprunts d’Etat américain ne se grippe.

Malheureusement, la crise actuelle illustre la propagation du « virus du chacun pour soi », au sein de l’Union européenne et à l’échelle mondiale. Donald Trump et Mohammed ben Salmane l’ont prouvé chacun à leur manière, le premier en plaçant l’Europe en quarantaine, le second en lançant une guerre des prix du pétrole. Triste coïncidence, les chefs d’Etat américain et saoudien président respectivement cette année le G7 et le G20, deux instances qui avaient permis une réponse coordonnée des gouvernements et des banques centrales après la faillite de Lehman Brothers en septembre 2008. En l’absence d’embellie sur le front sanitaire et de signes de coopération entre Etats, la confiance continuera à déserter les marchés financiers.