Les marchés actions sont vulnérables mais résistent

Xavier Diaz
Sell in may and go away. La période de mai à août est généralement moins favorable aux actions. Mais l’absence d’alternative et la reprise restent en soutien malgré les valorisations.
(Bloomberg)

Les niveaux de valorisation atteints par les marchés actions inquiètent les investisseurs. A leurs plus hauts historiques, la plupart des places boursières semblent plafonner. La correction subit en début de semaine par les valeurs technologiques sonne comme un rappel aux investisseurs de l'adage boursier «sell in may and go away».

Emmanuel Cau, stratégiste actions chez Barclays, note que la période de mai à août est caractérisée par une baisse des flux vers les actions et des performances stables voir négatives. «La reprise est en marche, tout comme le marché boursier. Mais l'élan haussier montre des signes d’essoufflement alors que nous entrons dans une saison plus faible pour les marchés actions», affirme le stratégiste. Les signaux d’une perte de momentum se multiplient: la surperformance des secteurs cycliques s’épuise, l’euphorie sur les introductions en Bourse et les Spac se calme, les volumes sont plus faibles, la réaction du marché aux résultats du premier trimestre, pourtant meilleurs que prévu, a été modérée et les flux vers les actions ont diminué.

Vulnérable aux mauvaises nouvelles

Le marché semble plus vulnérable aux mauvaises nouvelles et une consolidation semble logique après un tel rebond. Binky Chadha, stratégiste chez Deutsche Bank, anticipe une correction de 6% à 10% du S&P 500 dans les prochains mois une fois que l’indice ISM aura atteint son pic. Ce dernier a reculé en avril contre toute attente. Le manque de catalyseur pourrait limiter la hausse du marché. Les tensions entre la Chine et Taïwan semblent avoir suffi pour provoquer un début de consolidation. «Nous avons eu non seulement une baisse des actions mais aussi une hausse des obligations d’Etat, signe que les tensions géopolitiques restent un sujet d’inquiétude pour les marchés», explique Alexandre Hezez, stratégiste chez Richelieu Gestion.

Mais la baisse a surtout touché les titres les plus chèrement valorisés. «Les valorisations peuvent paraître élevées, indique le stratégiste. Si celles des valeurs cycliques se justifient par la croissance bénéficiaire attendue, les valeurs de croissance, qui ont beaucoup progressé en avril, sont les plus sensibles à une hausse de la volatilité sur les marchés. » L’évocation par la secrétaire d’Etat au Trésor américaine Janet Yellen d’une hausse des taux pour contrer une éventuelle surchauffe de l’économie américaine en raison des plans de de relance annoncés par Joe Biden a aussi pesé sur ces valeurs particulièrement sensibles aux taux.
Fear of missing out

«Sans catalyseur négatif, il est peu probable que le positionnement du marché provoque, à lui seul, une forte correction, nuance Emmanuel Cau. Le syndrome FOMO (fear of missing out, ou la peur de passer à côté) va continuer de prévaloir et les creux de marché seront mis à profit vu le niveau important des liquidités, le niveau élevé de détention d’obligations et de cash et la faible exposition des hedge funds. ». La correction sur le Nasdaq a rapidement été mise à profit par les investisseurs. Les places boursières ont nettement rebondi mercredi.

«Il ne faut pas forcément suivre le dicton ‘sell in May and go away’, juge Vincent Juvyns, stratégiste chez JPMorgan AM. Nous restons long sur les actifs risqués et principalement les actions pour continuer de jouer la reprise.» Ce dernier reconnaît toutefois, que s’il y a peu d’alternative aux actions, aux niveaux actuels de valorisation la performance à moyen terme sera plus faible.