Les investisseurs hésitent de nouveau à franchir le pas sur les valeurs cycliques

La remontée des tensions depuis début mai a stoppé l’élan naissant vers des valeurs moins défensives que celles achetées ces derniers mois.

Par L’Agefi Quotidien. - Une hausse de 17% pour le Nasdaq, +14% pour le S&P 500, +13% pour l’Euro Stoxx 600… Les marchés actions connaissent un excellent début d’année malgré la correction de mai liée à la guerre commerciale. Mais les flux ne provenant ni des fonds collectifs (-135 milliards de dollars selon EPFR/BAML), ni des investisseurs en direct, les variations s’expliquent par les rachats des corporates et surtout par l’absence de vendeurs en face des acheteurs, après la chute exagérée du quatrième trimestre 2018.

«Le rebond du début d’année s’est déroulé en trois phases, explique Mathieu Vaissié, responsable de la recherche chez Ginjer AM : un ‘repricing’ du risque après les excès de décembre, avec un effet ‘élastique’ qui a profité aux valeurs cycliques plus touchées ; un relais des stratégies modélisées qui ont retrouvé du budget de risques avec notamment l’écrasement de la volatilité ; un regain d’intérêt pour les fondamentaux qui a amené des investisseurs à reconsidérer les cycliques.» De fait, ces dernières ont battu l’Euro Stoxx 600 en janvier (+1,9%) et en avril (+0,9%). Au contraire des valeurs défensives, en vedette en mars (+3%), «et des valeurs technologiques qui ont profité de leur poids historique dans les portefeuilles à partir de février (+21%)», détaille Stéphane Lévy, stratégiste chez Chahine Capital. «L’analyse depuis janvier montre aussi de grandes disparités par secteur : +21% pour l’alimentaire et les biens de consommation/de luxe, défensifs, et -3,4% pour les voyages/loisirs, cycliques ; mais aussi +20% pour la construction, a priori cyclique, seulement +4,5% pour la santé et +1,2% pour les télécoms, défensifs», poursuit la stratégiste.

UN REBOND PAR LES CYCLIQUES

Les cycliques avaient donc entamé un rebond en avril au gré de perspectives macroéconomiques mieux perçues, et «d’une certaine ‘fatigue’ du marché envers les thématiques qualité/défensives dont le prix relatif à la 'value' et aux cycliques avait atteint des niveaux historiquement élevés», écrit Sylvain Goyon, stratégiste chez Oddo BHF Securities. Le tweet de Donald Trump relançant les tensions avec Pékin a stoppé net ce début de rotation sectorielle : «Il paraît difficile de croire à une remontée rapide des taux longs dans un contexte de retour de l’aversion au risque, ce qui ne plaide pas pour un rebond (des cycliques) dans l’immédiat, plutôt en faveur des secteurs moins corrélés aux taux», poursuit Sylvain Goyon.

Que les valeurs défensives aient à nouveau capté l’essentiel des flux a porté leurs valorisations à des niveaux relativement élevés. «Un vrai rebond des marchés passera par une revalorisation des cycliques, qui présentent un PER bien inférieur (plutôt 10 que 17 en moyenne en Europe) et des rendements très attrayants (proches de 5%)», insiste Mathieu Vaissié, qui reconnaît aussi que les marchés restent parfois irrationnels plus longtemps que prévu : «Ils deviennent très complexes, à tel point que beaucoup d’acteurs n’ont plus confiance en leurs propres modèles et finissent par renoncer à des positions stratégiques pour tout miser sur un suivi tactique.»

De là à dire que les investisseurs n’ont jamais repris goût aux actifs risqués depuis la crise ? «Les politiques très accommodantes des banques centrales ont d’abord profité aux taux puis au crédit dans les portefeuilles institutionnels. Mais, sauf dérapage ‘géopolitique’, il est certain que, avec des taux très peu rémunérateurs, une économie pas si mauvaise et des anticipations de bénéfices très correctes, les actions finiront par prendre durablement le relais et notamment les valeurs cycliques», conclut Stéphane Lévy.