Obligations d’entreprises

Les investisseurs encore spectateurs sur le crédit

Après une fin d’année 2018 difficile sur les obligations d’entreprises, cette classe d’actifs s’est partiellement reprise
Cette hausse s’est cependant faite sans volume, beaucoup d’investisseurs ne faisant que constater ce mouvement

Est-il déjà trop tard ? Alors que les obligations d’entreprises, de qualité (IG, pour Investment Grade) ou de haut rendement (high yield), ont souffert comme toutes les classes d’actifs à la fin de l’année dernière, les indices de crédit se sont repris depuis plusieurs semaines. La question se pose alors de savoir si ce rebond, dont beaucoup d’investisseurs sont restés absents, ne faisant que constater ce mouvement, s’avère durable ou pas. Selon certains professionnels, la classe d’actifs dans son ensemble reste intéressante, dans la configuration de taux bas que connaissent les marchés aujourd’hui, même si les fragilités constatées en 2018 restent entières.

Changement de discours. L’année 2018 a été marquée, sur le crédit, par un écartement des écarts avec les taux sans risque (spread). A l’époque, les Banques centrales américaine et européenne préparaient les marchés à des hausses de taux d’intérêts supplémentaires pour la première et à une certaine normalisation de sa politique monétaire pour la seconde. Rares sont ceux qui, il y a quelques mois, imaginaient que la situation de 2019 allait être différente de celle observée au dernier trimestre de 2018. Seulement, c’était sans compter l’attention particulière que portent les Banques centrales à l’évolution des indices. Ainsi, dans un discours au début du mois de janvier, Jerome Powell a favorablement surpris les investisseurs, laissant entendre que l’institution pourrait marquer une pause dans son rythme de son relèvement de taux. De la même manière, au mois de février, la Banque centrale européenne, qui a cessé de racheter massivement de la dette sur les marchés en décembre dernier a déclaré qu’elle pouvait, si besoin, recourir à nouveau à des opérations de refinancement à long terme (LTRO), comme elle l’avait déjà fait en 2014, 2015 ou 2016.
 Il n’en a pas fallu plus pour rassurer les opérateurs, à la fois sur les actions, mais aussi le crédit, dont la valeur s’est vite appréciée. Les taux de crédit des entreprises européennes les mieux notées sont donc passés d’environ 0,8 % en décembre à 0,5 % au mois de mai, tandis que pour le haut rendement (les entreprises les moins bien notées), il est de 4 % aujourd’hui contre plus de 5 % fin 2018. Dans le même temps, le taux des emprunts d’Etat à dix ans allemands est passé de +0,2 % à -0,08 %.

Opportunité. Même après ce mouvement - et les très médiatiques déboires de Rallye à la fin du mois de mai -, certains professionnels attendent de nouvelles entrées sur la classe d’actifs, considérant qu’elle pourrait encore s’apprécier. Car qui dit taux bas, dit difficultés pour les investisseurs de placer leur capital. Sachant que les taux de dépôt de la Banque centrale européenne restent toujours négatifs, et qu’il en coûte donc de conserver ses avoirs sous la forme monétaire. « Même si la volatilité constatée sur le marché du crédit a été forte en fin d’année dernière, nous observons aujourd’hui des forces de rappel pour un resserrement des spreads », anticipe Vincent Marioni, responsable de la gestion crédit chez Allianz Global investors.
 Alors, certes, les risques politiques perdurent, mais « du fait du discours accommodant des banques centrales et de la robustesse des entreprises dans leur ensemble, personne ne s’attend à un drame sur les marchés obligataires à horizon douze mois », conclut le professionnel.