Tribune Allocation

Les infrastructures comme alternative 

Mike Brooks, Aberdeen Standard Investments, estime que les infrastructures sont particulièrement bien adaptées au cycle économique actuel
Il n’élude pas les problèmes qui peuvent toucher ces actifs, comme le manque de liquidité ou les risques intrinsèquement liés aux projets
Mike Brooks, Head of Diversified Assets, Aberdeen Standard Investments

Avant la crise financière, les portefeuilles types étaient traditionnellement constitués de 60 % d’actions et de 40 % d’obligations, les investisseurs les plus audacieux s’aventurant sans doute sur les segments de la dette émergente ou des émissions à haut rendement pour dynamiser leur investissement. Mais cette approche a depuis évolué et les investisseurs ont désormais accès à des solutions alternatives comme les infrastructures renouvelables, l’immobilier social résidentiel, le financement de litiges ou les royalties issus des soins de santé, entre autres.

Alors qu’à l’origine, ce sont les grands investisseurs institutionnels qui, les premiers, ont souhaité élargir leur univers d’investissement, les investisseurs particuliers ont également commencé à s’intéresser à une palette d’investissements plus large et pour les avantages potentiels y afférents. Comme l’on pouvait s’y attendre, la volonté d’envisager des actifs alternatifs a été stimulée par l’environnement actuel de taux d’intérêt très bas. En effet, ces dernières années, la quête de rendement a été un moteur essentiel de l’évolution du prix des actifs et a ouvert la voie à des sources de performance plus diverses.

L’un des bénéficiaires notables de cette tendance a été le secteur des infrastructures. Historiquement, la responsabilité de la construction et de l’entretien des infrastructures d’un pays, qu’il s’agisse des centrales énergétiques, des routes ou des chemins de fer, a toujours incombé au secteur public. Ce n’est que récemment que les infrastructures sont devenues une classe d’actifs accessible aux investisseurs privés.
Et depuis, leur popularité a augmenté de façon presque exponentielle. L’an dernier, la collecte de capitaux à l’échelle mondiale pour des projets privés ou « non cotés en bourse » a atteint un nouveau niveau record d’environ 85 milliards de dollars.

Il n’est pas surprenant que l’intérêt des investisseurs se soit fortement accru compte tenu des caractéristiques attrayantes des infrastructures non cotées. Ils peuvent notamment bénéficier de leur faible corrélation avec les classes d’actifs traditionnelles, ainsi que de leur performance ajustée du risque potentiellement intéressante. De plus, les flux de trésorerie sont non seulement stables et prévisibles, mais ils comportent souvent un élément de protection contre l’inflation.

Bien sûr, la classe d’actifs reste tributaire de la loi de l’offre et de la demande. Compte tenu des afflux de capitaux importants provenant des fonds de pension, des fonds souverains et des investisseurs privés, la course aux actifs s’est nettement intensifiée et, dans certains cas, le potentiel de performance a diminué. L’impact de ce phénomène s’est fait le plus vivement sentir sur certains projets de plus grande envergure, ou actifs dits « trophées ». L’aéroport de London City, qui était valorisé il y a quelques années à 40 fois ses bénéfices avant impôts, en est un bon exemple.

C’est pour cette raison que les opérations de taille petite à moyenne recèlent souvent plus de valeur. Ce sont généralement celles dont la valorisation (en valeur totale de l’entreprise) est inférieure à 250 millions d’euros. Le plus grand nombre d’opérations potentielles et l’absence d’une forte concurrence qui caractérise le segment « trophée » du marché signifient que les investisseurs peuvent faire preuve d’une plus grande rigueur en matière de prix tout en étant en mesure d’investir. Ces opportunités s’étendent
à toute l’Europe continentale, des fermes de panneaux photovoltaïques au sol en Pologne aux partenariats dans le secteur du matériel ferroviaire au Royaume-Uni, dans les pays nordiques, en Allemagne et en Italie.

Tout en reconnaissant que les infrastructures sont un univers diversifié contenant une multitude d’actifs présentant des profils de rendement/risque différents, la classe d’actifs semble particulièrement intéressante à cette étape tardive du cycle économique, alors que le risque de récession suscite beaucoup d’incertitudes. Les flux de trésorerie stables et prévisibles qui proviennent de nombreux projets sont relativement insensibles aux fluctuations du cycle économique. Alors qu’en cas de récession aux Etats-Unis, les bénéfices des entreprises pourraient chuter d’environ 30 à 40 %, les flux de trésorerie d’un parc éolien subventionné par l’Etat, par exemple, varieraient à peine.

Ce qui détermine les revenus de ces actifs est différent de ce qui détermine ceux des actions et des obligations traditionnelles, ce qui leur permet de générer des flux de revenus réguliers indépendamment des turbulences du marché. Par ailleurs, si l’on considère l’ensemble des infrastructures américaines et européennes, elles ont besoin d’être modernisées et nécessitent en partie des capitaux privés. C’est sans doute difficile à accepter pour les responsables politiques, mais c’est inéluctable.

Comme pour toutes les classes d’actifs, il existe toutefois des points négatifs. Les investisseurs doivent être conscients des risques inhérents à l’investissement dans les infrastructures, dont certains sont relativement spécifiques à la classe d’actifs. Le risque de liquidité est sans doute le plus important, mais il y a aussi le risque que les projets ne voient jamais le jour ou qu’ils dépassent les budgets prévisionnels. Etant donné la nature de nombreux projets d’infrastructures et leur rôle à part entière dans la société et l’économie, ils peuvent également faire l’objet d’un examen réglementaire plus rigoureux que la plupart des autres secteurs.

En fin de compte, lorsque l’on se penche sur les performances à long terme des différentes classes d’actifs à trois, cinq ou dix ans, les valorisations des classes d’actifs traditionnelles semblent excessives. Si l’on se concentre sur les perspectives macroéconomiques à très court terme, elles sont raisonnables, mais aussi très variables. Il y a quelques mois à peine, les investisseurs s’inquiétaient d’une guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine et du resserrement trop rapide de la politique de la Fed, et il suffit d’un tweet de Donald Trump pour raviver ces inquiétudes.

Par conséquent, les classes d’actifs traditionnelles font face à un certain nombre de défis. Pour les investisseurs recherchant une diversification accrue qui n’affecte pas la performance, les actifs alternatifs peuvent être une bonne alternative et répondre aux besoins de beaucoup d’entre eux.