Les frais de l’épargne salariale restent raisonnables

L’Autorité des marchés financiers constate que pour toutes les classes d’actifs, les frais des FCPE restent inférieurs à ceux des produits grand public.
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Par Franck Joselin, L'Agefi Quotidien

Toutes les craintes ne sont pas justifiées. Intuitivement, les investisseurs pourraient s'attendre à que les produits d’épargne salariale, les fonds communs de placement en entreprise (FCPE), puissent présenter des frais au moins aussi élevés que les produits destinés aux particuliers. En réalité, il n’en est rien. L’Autorité des marchés financiers (AMF) montre dans une étude parue hier que les frais supportés par ces véhicules s’inscrivent à un niveau intermédiaire entre les frais des produits institutionnels et les frais des fonds destinés au grand public (les fonds retail).

Dans le détail, l’AMF a étudié, entre 2008 et 2017, les frais (en prenant en compte le total de frais sur encours, le TFE) d’un peu moins de 700 FCPE commercialisés en France, sur quelque 20.000 fonds (variable selon les années). Elle a utilisé pour cela les données de Six Financial. Il en ressort que pour les fonds actions et obligations, les frais médians des fonds institutionnels restent inférieurs à ceux des FCPE, qui présentent, pour leur part, des frais inférieurs aux fonds retail. Pour les fonds monétaires, FCPE et fonds institutionnels présentent des charges comparables, inférieurs aux frais des produits destinés aux autres clientèles. Enfin, pour les fonds diversifiés, les FCPE affichent des tarifs inférieurs à tous les autres produits, qu’ils soient institutionnels ou retail. Ces résultats sont jugés statistiquement «robustes» par les rédacteurs de l’étude.

L’AMF précise en outre que les frais pris en compte sont ceux prélevés par les fonds. L’Autorité de contrôle n’a donc pas de moyen de défalquer la part qui serait assumée par l’employeur. La partie effectivement payée par les employés est donc en réalité, en moyenne, plus faible encore que ne le suggère cette étude.

A titre d’exemple, en 2017, les frais médians des FCPE actions et diversifiés étaient d’environ 1,45%, ceux des fonds obligataires étaient d’un peu plus de 0,65%. Pour les fonds retails de droit français, ces mêmes frais se montaient à 2% pour les actions, un peu plus de 1,7% pour les diversifiés et environ 1% pour les fonds obligataires. Pour les produits institutionnels, aussi de droit français, ces mêmes frais s'élèvent à 1,2% pour les actions, 1,3% pour les diversifiés (sur la durée sur laquelle porte l’étude, ce pourcentage se révèle supérieur en moyenne) et environ 0,5% pour les produits obligataires.

Ces résultats peuvent paraître normaux, mais cela était loin d’être évident, l’étude précisant même de manière pudique que, «comme c’est souvent le cas lorsqu’un avantage fiscal est mis en place, on aurait pu craindre une captation de rente le long de la chaîne d’intermédiation : par exemple, on pourrait imaginer un accroissement des frais de gestion jusqu’à égaliser les rendements nets (après impôts) d’un compte-titre classique fiscalisé et d’un PEE défiscalisé. On pourrait aussi considérer une moindre incitation à la performance de la part du gérant, dans la mesure où l’avantage fiscal lui donne la quasi-certitude de ne pas faire pire que les OPC classiques».

Evidemment, la mesure de ces frais doit s’accompagner d’une analyse de la performance relative des fonds. Des frais bas ne seraient en effet que peu utiles si les FCPE présentaient des performances structurellement inférieures à celles des autres produits. Sur ce point, une surperformance peut parfois être constatée sur les véhicules institutionnels, «à l’exception notable des fonds diversifiés», précise l’autorité. Mais celle-ci invite aussi à la prudence et précise que «ces conclusions doivent toutefois être prises avec précaution car elles apparaissent très variables dans le temps». Encore une fois, l’adage selon lequel le niveau des frais reste encore le critère le plus stable dans les fonds se vérifie.