Fusions-acquisitions

Les fonds spécialisés sont de nouveau attractifs

Les rapprochements d’entreprises connaissent un net redémarrage en Europe au premier trimestre
Après plusieurs années d’attentisme, le mouvement devrait profiter aux fonds d’arbitrage

Maintes fois annoncé ces dernières années, le redémarrage du cycle des fusions-acquisitions semble se confirmer en Europe en ce début d’année, ce qui redonne de l’attrait aux stratégies des gérants misant sur les opérations capitalistiques. Après un premier trimestre déjà très dynamique (lire l’encadré), marqué par l’annonce du rachat de SFR à Vivendi par Altice, la maison mère de Numericable, les marchés ont en effet pris connaissance le 5 avril d’un nouveau mariage de géants entre les cimentiers Lafarge et Holcim. « Cela fait deux ans que les planètes sont alignées pour un redémarrage des fusions-acquisitions en Europe, avec des taux d’intérêt très bas, des valorisations encore raisonnables sur les marchés d’actions et l’existence d’un besoin de croissance externe des entreprises, mais il manquait jusque-là la confiance des dirigeants », résume Lionel Melka, responsable de l’analyse fondamentale au sein de Bernheim, Dreyfus & Co. « Or, le marché des fusions-acquisitions est un marché très procyclique. Ce sont des opérations structurantes qui nécessitent l’aval du conseil d’administration et des actionnaires, et il faut prendre un risque sur le prix », ajoute-t-il.

Décalage dans le temps.

Au sortir de la crise de 2008-2009, nombre d’observateurs s’attendaient à un rebond des offres publiques d’achat (OPA) ou d’échange (OPE) d’actions, qui avaient culminé à plus de 4.100 milliards de dollars en 2007, selon les données compilées par Thomson Reuters. Malgré le redressement des marchés financiers, qui a vu l’indice américain Dow Jones grimper de 150 % et l’indice européen Euro Stoxx engranger 80 % depuis leur point bas de mars 2009, l’attentisme restait néanmoins de mise, avec des volumes annuels divisés de moitié, de l’ordre de 2.500 milliards de dollars au niveau mondial. « Le cycle des fusions-acquisitions s’est décalé dans le temps, en premier lieu aux Etats-Unis. Les entreprises ont en effet préféré réaliser des opérations de capital, par exemple en émettant de la dette pour racheter des actions, car c’était plus rentable », souligne Guillaume Chieusse, gérant actions européennes et responsable du pôle gestion active chez Oddo AM.

Redémarrage à la mi-2013.

Outre-Atlantique, le marché avait envoyé les premiers signaux de redémarrage à la mi-2013. Le rachat par Verizon de sa coentreprise avec Vodafone, annoncé en septembre dernier et bouclé le 21 février dernier, avait ainsi été la première opération à dépasser les 100 milliards de dollars depuis la scission des activités internationales du groupe américain Altria en mars 2008. En Europe, le mariage annoncé en juillet entre les publicistes Publicis et Omnicom, dont la finalisation a été repoussée au troisième trimestre 2014, avait également laissé espérer un rebond des opérations, qui constituent un moteur pour les marchés d’actions. Les sociétés acheteuses proposent en effet des primes qui tournent historiquement aux alentours de 25 % du prix des titres des sociétés cibles.

Deux approches.

Pour profiter de ce moteur, les gérants spécialisés disposent de deux approches. « L’une des approches est directionnelle et vise à identifier des titres de sociétés potentiellement rachetables et à les conserver en portefeuille en subissant les mouvements de marché. L’autre approche, en arbitrage, débute une fois l’opération annoncée pour capter la décote d’un titre cible d’une fusion, généralement de 6 % à 7 % annualisé », résume David Lenfant, le directeur général de Laffitte Capital Management.

Au gré des annonces, cette décote par rapport au prix de l’offre fluctue, ce que les fonds de performance absolue arbitrent de façon dynamique à l’achat et à la vente tout en étant relativement décorrélés des marchés. « Notre fonds Laffitte Risk Arbitrage Ucits offre de fait un couple rendement/risque intéressant, avec une rémunération comprise entre 4 % et 7 % au-dessus de l’Eonia capitalisé, pour une volatilité inférieure à 3 % », relève David Lenfant.

L’approche du fonds Oddo Active Equities est plus traditionnelle. « Dans un premier temps, nous ciblons les sociétés dont la croissance bénéficiaire est supérieure à la moyenne du marché et sous-estimée par les analystes. A ce premier moteur de performance de l’action s’ajoute un moteur supplémentaire, puisque nous analysons les cibles potentielles d’opérations de fusions-acquisitions pour déterminer notre sélection de titres », explique Guillaume Chieusse. Le fonds, dont l’indice de référence est l’EuroStoxx, a enregistré une surperformance de 4 % l’an dernier.