Placement de court terme

Les fonds monétaires restent incontournables

Le risque de décollecte massive sur les fonds monétaires est écarté actuellement
Les investisseurs se détournent des produits bancaires traditionnels
Olivier Robert - directeur de la gestion taux de BFT IM

Les investisseurs se sont fait une raison. Malgré leurs espoirs du début d’année 2019, ils vont encore devoir patienter de longs mois avant d’assister à la normalisation de la politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE). De fait, les vents ne sont guère porteurs pour la zone euro. Faiblesse de l’inflation, croissance économique qui faiblit, incertitudes liées au Brexit ou encore regain des tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis sont autant de paramètres qui conduisent la BCE à poursuivre sa politique monétaire ultra-accommodante. Résultat : les taux d’intérêt des emprunts d’État sont historiquement bas, et même en territoire négatif pour bon nombre d’eux. 

Les marchés ne s’y sont d’ailleurs pas trompés, opérant un revirement radical à l’issue du premier trimestre sur les perspectives d’évolution des taux d’intérêt. Les anticipations de hausse de taux du début d’année ont rapidement laissé place à des prévisions de baisse par les marchés. Après la baisse des taux de facilité des dépôts (à -0,50 %) de la BCE, les marchés européens tablent désormais sur une baisse supplémentaire de 10 points de base sur l’année à venir.

 

Une attractivité préservée. L’ancrage durable des taux d’intérêt en territoire négatif, avec un Eonia qui est actuellement autour de -0,37 % (et qui devrait prochainement répercuter la dernière baisse de la BCE), complique la tâche des investisseurs. Car les taux monétaires ont également beaucoup baissé durant les derniers mois. La situation est pourtant loin d’être alarmiste. Il y a quelques années, les fonds monétaires ont déjà connu une situation similaire, marquée par le passage de l’Eonia en territoire négatif. Un contexte qui, à l’époque, avait déjà fait craindre la mort de cette industrie. Il y a pourtant une vie en taux négatifs ! Loin de péricliter, les fonds monétaires continuent d’attirer des flux significatifs et ne subissent pas de sorties massives.

Malgré l’environnement actuel, ils conservent tout leur attrait. Avec l’excès de liquidités sur les marchés et des taux de dépôts négatifs – prochainement à -0,50 % – les investisseurs se détournent progressivement des produits bancaires traditionnels. Au cours des derniers mois, les dépôts à vue des grandes banques commerciales ont certes constitué la principale concurrence des sociétés de gestion, avec des offres à taux zéro particulièrement attractives pour les grandes entreprises. Mais, au regard des fortes anticipations de baisse de taux, les banques pourraient ne plus continuer cette offensive et être contraintes de limiter, voire de refuser les dépôts à vue de leurs clients.

En outre, le différentiel entre les performances des fonds monétaires (plusieurs points de base au-dessus de l’Eonia) et les taux de dépôts (-0,50 %) préservent l’attractivité des fonds monétaires pour les investisseurs, qui ne peuvent se permettre de laisser dormir leurs liquidités auprès de la seule BCE. En l’absence d’alternative sur des placements très court terme (entre 1 jour et 1 mois), les fonds monétaires constituent toujours une solution, voire La solution.

 

De l’Eonia à l’Ester. Cette nouvelle donne sur les marchés monétaires intervient dans une période cruciale pour les sociétés de gestion, avec la mise en place d’un nouveau taux de référence pour les produits monétaires et dérivés de taux. Depuis le 2 octobre 2019, l’Eonia a cédé la place à l’Ester (European Short Term Rate).

Ce nouvel indice est calculé par la BCE et l’Eonia découle du calcul de ce dernier en appliquant un spread de +8,5 points de base. La mise en œuvre de ce nouveau taux constitue un changement majeur pour l’ensemble des acteurs de la gestion monétaire. Jugé plus solide que l’Eonia, l’Ester s’appuie sur les données de 52 banques et institutions financières de la zone euro (1) et surtout sur des montants de transaction beaucoup plus significatifs. Ce panel plus large sera garant d’une meilleure représentativité du marché monétaire au sein de la zone Euro. Il faudra toutefois attendre le 1er janvier 2022 pour voir l’Eonia disparaitre définitivement. D’ici là, l’ensemble des sociétés de gestion de la place vont devoir redoubler d’efforts pour mettre à jour leurs prospectus et leurs outils informatiques. 

 

(1) L’Eonia s’appuie sur les données 28 banques.