Les fonds dividendes doivent revoir leurs stratégies

Réjane Reibaud
Ils sont les premiers à devoir s'adapter à un monde où les dividendes seront rares en 2020.

Crise liée au Covid-19 oblige, de nombreuses entreprises en Europe et ailleurs vont diminuer, reporter, voire annuler la distribution de leurs dividendes au titre de l’exercice 2019. De quoi mettre à mal les fonds thématiques basés sur les stratégies dites de «rendement» ou «dividendes». Pléthore de sociétés de gestion ont lancé des fonds de ce type ces dernières années, pour répondre à la recherche de rendement de la part des clients.

Selon Morningstar, les plus grands d’entre eux distribués en France sont le BGF European Equity Income, l’Allianz European Equity Dividend, le JPM Europe Strategic Dividend, ou encore le Reaumur Actions géré par Ostrum AM (réservé aux institutionnels), qui dépassent tous le milliard d'euros sous gestion.

Pour les gérants, il s’agit alors de s’adapter à la nouvelle donne. «Dans toute récession économique, lorsqu’il y a une contraction des bénéfices il y a aussi une contraction du paiement des dividendes», analyse Nicolas Simar, gérant du fonds High Dividend chez NN IP. Selon lui, lors d’une récession «classique», les bénéfices sont en recul de 25% à 30% sur l’année, et les dividendes coupés de 10% à 15%. Exception faite de la dernière grande crise de 2008-2009, où la chute a été plus violente avec une baisse de 40% à 50% des bénéfices en moyenne, et où les dividendes ont été coupés d’une trentaine de pourcents au niveau mondial. «La crise liée au coronavirus se rapproche plutôt de ce scénario», commente Nicolas Simar.

La différence avec 2008 tient cependant dans la place particulièrement importante qu’occupait la finance à cette époque dans les indices mondiaux et dans les fonds. Une place qu’elle n’a jamais retrouvée. «En outre, la situation n’est pas aussi dramatique qu’il y a dix ans pour le secteur financier. La plupart des banques vont faire le gros dos et les dividendes vont rester en interne pour augmenter les ratios de CET1 exigées par la BCE. Mais ce sont des mesures préventives face aux contributions que les gouvernements vont leur demander pour aider l’économie réelle à se redresser», note Nicolas SImar.

Autre secteur qui devrait être fortement touché, celui de l’énergie car la chute brutale des prix du pétrole va grever les résultats de nombreux acteurs.

En France, déjà plusieurs dizaines de sociétés du SBF 120 (Veolia, Michelin, M6, Coface, Dassault Aviation, Airbus, Safran, JCDecaux, Lagardère, etc.) ont annoncé la suspension ou l’annulation de leurs dividendes ainsi que les sociétés qui ont l’Etat pour actionnaire, comme par exemple Engie.
Revoir les allocations

Par conséquent, beaucoup de fonds ont dû revoir leurs allocations sectorielles pour tout ou partie. «Nous avons fait tourner 20% de notre portefeuille entre fin mars et début avril», confirme Cédric Besson, conseiller du président de Gaspal Gestion, Christian Ginolhac. Le fonds est ainsi sorti en intégralité du secteur bancaire, de la construction et des matières premières qui lui sont destinées, du tourisme, du transport aérien et des gestionnaires d’autoroute et d’aéroports. «Avec le confinement, il n’y a plus de voitures sur les autoroutes par exemple. Nous sommes donc sortis d’une valeur comme Vinci», explique Christian Ginolhac qui gère le fonds Croissance Dividendes.

A l’inverse, le fonds s’est renforcé dans des secteurs moins cycliques, qui peuvent potentiellement profiter de la nouvelle donne, en ciblant les entreprises les moins endettées : alimentaire, pharmacie, technologies et même luxe. «Les entreprises du luxe sont solides et gérées de façon prudente. Elles ont en tête que de tels événements peuvent arriver, et ainsi ne distribuent chaque année qu'une faible partie de leurs profits en dividendes. Ce qui fait que lorsque des difficultés économiques apparaissent, même si elles ont des résultats en baisse, elles augmentent ponctuellement leur taux de distribution», explique Cédric Besson.

Chez NN IP, le gérant Nicolas Simar a privilégié des valeurs défensives au détriment des valeurs cycliques. Sur la base des changements effectués dans son portefeuille, il estime que la baisse des dividendes sera de 25%. «Au lieu d’un rendement moyen de 5% de notre portefeuille, nous nous attendons à 3,5 ou 3,8%. Nous serons moins touchés que le marché. Le MSCI Europe par exemple affiche un rendement moyen des dividendes de 4,5% et il va tomber à environ 3%, soit une baisse de rendement supérieure à 30%», explique-t-il. Le fonds a abandonné en outre depuis longtemps sa politique de vente automatique d’une valeur si elle annonce supprimer ses dividendes. De quoi laisser planer un doute sur le maintien du nom commercial «High Dividend»…