Les fonds d'investissement paraissent "obscurs" aux yeux des Français

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Une étude qualitative de l'AMF sur l'épargne des Français fait le point sur l'investissement en actions. Elle pointe notamment une épargne abondante peu portée vers ces placements...



Actions et fonds sont presque aussi "obscurs"  l'un que l'autre aux yeux des Français. C'est ce qui ressort d'une étude qualitative de l'AMF, publiée ce 17 juillet, sur l'épargne des Français et leur approche des investissements, notamment en actions. Pour ces derniers, les fonds "apparaissent obscurs s'agissant d'une épargne dont on ne maîtrise pas les mouvements, les évolutions, les arbitrages, ni les entreprises dans lesquelles on investit".

Plus généralement, l'AMF regrette que l'épargne abondante des Français soit insuffisamment orientée vers les placements en actions depuis plusieurs années. Pour préparer leur retraite, les épargnants préfèrent l'immobilier et l'assurance vie sans risque, même si une hausse des taux de détention d'actions a été constatée en 2017, pour la première fois depuis 2008.

La détention d'actions a baissé depuis les années 2000, mais semble en effet avoir rebondi en 2017. Représentant 13,8 % en 2008, le taux de détention directe déclaré s'établit à 7,6 % en mars 2017 après avoir touché un point bas en 2016 (6,2 %). En mars 2017, 5,9 % des Français ont répondu détenir des placements collectifs, dont 2,9 % un fonds investi en actions (contre 7,5 % en 2008).  Plus largement, la détention de valeurs mobilières (actions, obligations, placements collectifs) est passée de 18,7 % de la population en 2008 à 10,3 % en mars 2016, puis à 11,7 % début 2017.

L' étude qualitative réalisée récemment par l'AMF (*) révèle que les actions ne font pas partie du paysage naturel de l'épargnant. Il les ignore, convaincu qu'elles ne s'adressent qu'à des « boursicoteurs », bien éloignés de son profil. L'épargne de long terme est envisagée au travers de projets de vie et autour des concepts de construction, famille et transmission, sécurité, protection, précaution ainsi que rendement dans la durée. L'épargne de long terme est souvent comprise en opposition à la notion de « plaisir » et suscite assez rapidement l'idée d'implication, d'engagement, de responsabilité. Elle est associée avant tout à l'assurance vie, voire à l'épargne logement, et jamais à l'épargne en actions, sauf pour quelques connaisseurs.

L'appropriation des produits en actions dans une logique d'épargne de long terme semble difficile. L'épargne en actions est associée à du court terme, à du « coup financier », du gain, du risque, de l'aléatoire et de l'abstrait, de l'opacité. Seuls les profils les plus connaisseurs citent les placements risqués (PEA, fonds) comme produits de long terme, car nécessitant un temps long de placement pour être rentable.

L'épargne en actions est jugée aléatoire, risquée, voire non rentable. Elle est perçue comme un risque qui ne se réduit pas dans la durée. La perception de la non-garantie de rendement peut être imaginée comme toujours défavorable (« on est forcément perdant »). L'épargne en actions est vue comme bloquée et non liquide. Elle n'est pas envisagée comme facilement atteignable et accessible. Les conditions d'accès sont perçues comme réservées à une population d'initiés, qui ont des moyens financiers et un niveau de connaissance suffisant ainsi que du temps pour suivre leurs investissements.

L'épargne en actions pâtit donc d'un sentiment d'inégalité entre, d'une part, le coût investi, qu'il s'agisse d'un coût financier (une somme épargnée envisagée comme un sacrifice), d'un coût de temps passé (suivi régulier, recherche d'informations...), et, d'autre part, les bénéfices que l'on y associe, très aléatoires, conditionnés et lointains. Cela est moins le cas pour les fonds. Mais ceux-ci apparaissent obscurs s'agissant d'une épargne dont on ne maîtrise pas les mouvements, les évolutions, les arbitrages, ni les entreprises dans lesquelles on investit.

L'AMF conclut son rapport par diverses propositions de  leviers devant permettre de changer les croyances et les attitudes des épargnants, en particulier dans le cadre de la préparation financière de leur retraite.

La grande majorité des épargnants, n'ayant ni le temps, ni les compétences, de gérer eux-mêmes leurs placements, s'appuieront sur les professionnels de la gestion collective pour le faire. C'est en pratique la solution pour accéder à une bonne diversification de leur épargne. Après ces années de défiance vis-à-vis de la finance, l'épargnant a besoin de connaitre les visages et les noms des professionnels qui seront des relais de confiance. Il a aussi besoin de comprendre ce qui fait leur compétence et pourquoi il aurait raison de leur confier son avenir financier plutôt que de le gérer lui-même. Les associations professionnelles ont certainement un rôle à jouer pour faciliter cette incarnation.

L'enjeu est aussi, du côté de la commercialisation, dans l'esprit des conseillers et des clients, de passer de la vente de produits à une démarche de services. Un cercle vertueux doit s'enclencher : les conseillers ne doivent pas s'interdire de proposer des placements en actions, par crainte du régulateur, et les clients doivent comprendre que les questions posées par leur conseiller visent à prendre en compte leur propre intérêt en évaluant leur besoin et leur capacité à prendre des risques. C'est toute la logique des réformes des directives européennes, affirme l'AMF.


(*) L'AMF a choisi l'institut Kantar TNS, doté d'une connaissance approfondie des épargnants construite au fil des enquêtes par ses équipes. L'étude qualitative s'est appuyée sur le modèle Behaviour Change de l'institut pour venir apporter l'éclairage complémentaire souhaité par l'AMF. Il a été choisi de cibler des actifs âgés de 30 à 45 ans. Cette tranche d'âge est une cible adéquate pour la promotion de l'épargne de long terme : les plus de 30 ans sont en phase de lancement dans la vie active, et les moins de 45 ans disposent d'au moins de 20 ans pour préparer leur retraite. L'étude repose sur une série de 18 entretiens de 2 heures.

Les personnes interviewées (toutes domiciliées en Ile-de-France) ont été réparties en 3 profils (6 personnes par profil) :
- Les « épargnants de court terme », qui se préoccupent peu de la retraite : ils se projettent peu sur le long terme et épargnent via des produits d'épargne garantis et liquides.
- Les « investisseurs sécuritaires », qui sont préoccupés par leur retraite et ont une appétence pour les produits d'épargne de long terme garantis.
- Les « investisseurs risqués », qui sont préoccupés par leur retraite et ont une appétence pour les placements de long terme risqués.