Les fonds à approche extra-financière sont moins chers

Bertrand De Meyer
L’AMF a analysé les performances et les frais de 28.480 parts de fonds entre 2012 et 2018.

Un potentiel greenwashing pouvait laisser envisager le pire pour les fonds avec une approche extra-financière. Une étude menée par l’Autorité des marchés financiers (AMF) auprès de 28.480 parts de fonds entre 2012 et 2018 démontre que ceux-ci ne sont pas plus chers que les autres. Au contraire. Analysant le taux de frais sur encours (TFE, soit les frais courants annuels et les commissions de surperformance annuelles) et la performance historique des fonds labellisés (1.108) ou revendiquant une approche extra-financière (1.340), elle conclut que ceux-ci tendraient «à être moins chers que leurs équivalents sans approche extra-financière».

L’AMF constate que cette différence est de 0,17 point de pourcentage en moyenne et atteint même 0,32 pour les parts de fonds diversifiés. Concernant l’écart de performance, il est non significatif jusqu’en 2014. «Toutefois, les parts de fonds sans aucune référence extra-financière auraient obtenu une performance nette légèrement supérieure aux parts de fonds revendiquant une approche extra-financière et détentrices d’un label en 2016 et 2017 et légèrement inférieure en 2015 et 2018.»

«La période étudiée correspond à une phase de structuration du marché de l’extra-financier qui n’est peut-être pas représentative de la situation actuelle», tempère l’AMF. Un test de robustesse, mené sur l’année 2019 uniquement, semble tout de même confirmer les résultats. Sur l’échantillon total en 2019, le TFE d’un fonds sans aucune référence extra-financière serait 0,10 point supérieur à celui d’un fonds revendiquant la prise en compte de critères extra-financiers et détenteur d’un label.
Une politique commerciale avantageuse

«Dans la mesure où la prise en compte de critères extra-financiers ajoute une dimension d’analyse pour le gérant (pouvant générer un coût supplémentaire) et induit une restriction sur l’univers des actifs, on aurait pu craindre que les fonds intégrant des approches extra-financières coûtent plus cher et sous-performent leurs équivalents standards», rapporte l’AMF. «Une piste d’explication pourrait résider dans la demande croissante pour ces produits qui constitueraient des produits d’appel et bénéficieraient ainsi d’une politique commerciale avantageuse sur les frais», continue l’autorité. En effet, les fonds labellisés mais ne revendiquant pas une approche extra-financière dans leur nom ont un TFE de 23 points supérieur aux fonds labellisés le revendiquant. D’autres hypothèses, comme un périmètre d’investissement plus restreint diminuant les frais de recherche ou encore une tarification responsable, sont avancées.