Les dossiers qui rythmeront la rentrée boursière à Paris

Lionel Garnier
TF1-M6, EDF et Schneider Electric seront en vue dans les prochaines semaines avec des rendez-vous décisifs pour leur avenir. Mais d’autres volets, plus spéculatifs comme Atos ou Unibail, se dessinent déjà.

Rentrée studieuse ou agitée ? Cette nouvelle semaine ne va pas seulement marquer le retour en classe pour des millions d’élèves ou le retour au travail pour leurs parents. Sur les marchés boursiers également, la trêve estivale s’achève, avec la reprise des affaires. Et, au-delà des enjeux liés au dérapage de la facture énergétique et à l’ancrage durable de l’inflation, plusieurs dossiers spécifiques promettent d’animer la cote boursière parisienne au cours des prochaines semaines.

Dès ce début septembre, TF1 et M6, ainsi que leurs actionnaires de référence, Bouygues et RTL Group, vont jouer très gros pour leur avenir. Les 5 et 6 septembre, le collège de l’autorité de la concurrence auditionnera les deux groupes audiovisuels, toujours déterminés à convaincre de la pertinence de leur projet de mariage face à la concurrence élargie des plateformes américaines de streaming. Mais l’affaire dure et paraît de plus en plus mal engagée, notamment après le rapport défavorable des services d’instruction du gendarme français de la concurrence, début juillet. Les parties prenantes ont mis en garde : les remèdes envisagés, comme la vente de la chaîne M6, tueraient l’intérêt de l’opération. Depuis, TF1 et M6 ont mis en avant de nouvelles propositions, notamment le maintien de régies publicitaires séparées pendant trois ans. Assez pour convaincre l’antitrust français ? Pas sûr. En Bourse, les parcours récents des deux titres – influencés également par les doutes sur la conjoncture publicitaire – semblent indiquer que le marché n’y croit plus.

Du côté d’EDF, la rentrée sera également chaude et pas seulement en raison de la flambée des prix de l’électricité ou de la faible disponibilité du parc nucléaire. Le dépôt de l’offre d’achat de la part de l’Etat en vue d’un retrait de la cote de l’énergéticien historique paraît imminent. Il pourrait peut-être même tomber dès cette semaine. L’AMF aura à se prononcer sur les conditions offertes, notamment sur le prix proposé de 12 euros par action, contestées par plusieurs actionnaires minoritaires. Mais cette fronde actionnariale a bien du mal à se faire entendre (lire par ailleurs).

TotalEnergies doit faire face à d’autres types de contestations. Le groupe dirigé par Patrick Pouyanné balaye les accusations sur son rôle en Russie, notamment celle de contribuer à fournir indirectement l’aviation militaire russe en kérosène. Tout en menaçant de poursuivre en justice la diffusion de telles accusations, le groupe a annoncé vendredi la vente à Novatek de sa participation de 49% dans le champ de gaz de Termokarstovoïe en Russie, sans préciser le sort de la participation de 19% dans le capital de ce partenaire russe. Mais, c’est déjà une autre bataille, davantage hexagonale et d’ordre fiscal, qui se dessine pour l’automne. Avec un cours du brut qui repart à la hausse, le groupe pétrolier pourra-t-il vraiment échapper au débat d’une surtaxe sur ses résultats financiers ? La question des «superprofits» qui avait également touché CMA-CGM, fait son retour. Elle promet d’animer la prochaine loi de finances. Face à une opinion publique désemparée par l’envolée de l’inflation, il n’est pas sûr que le groupe pétrolier – banques et assureurs seront concernés dans un autre registre – puisse compter durablement sur l’oreille du gouvernement et de Bercy.

Le front des M&A

Schneider Electric est pour sa part attendu sur le terrain des fusions et acquisitions. L’équipementier électrique a jusqu’au 21 septembre prochain pour faire connaître ses intentions pour Aveva, sa filiale britannique d’édition de logiciels industriels. En jeu, le rachat des 41% des parts qu’il ne détient pas. A la suite d’informations de presse, l’action Aveva a flambé à Londres de plus de 30%. Le cas échéant, une prise de contrôle totale, cohérente avec la stratégie conduite par Jean-Pascal Tricoire, nécessiterait un investissement supérieur à 4 milliards d’euros de la part de Schneider Electric.

A rebours d’une acquisition, c’est le registre des cessions que pourrait alimenter Unibail-Rodamco-Westfield. La foncière cherche à céder, avant fin 2023, l’ensemble de son portefeuille américain d’immobilier commercial, valorisé plus de 12 milliards d’euros au 30 juin. Un tel virage stratégique semble indispensable pour retrouver de l’oxygène en Bourse face à des investisseurs sceptiques. Or, si l’intention n’est pas nouvelle, les circonstances sont désormais plus favorables. La semaine dernière, la vente par la foncière d’un centre commercial californien pour 537,5 millions de dollars a prouvé que l’immobilier commercial attirait de nouveau. Peut-être de quoi inciter la foncière à accélérer son tempo de cessions pour profiter, notamment, de la parité euro-dollar. Entre une cession en bloc et une vente à la découpe de ses actifs américains, le groupe devra trancher.

Grandes manœuvres et gouvernance

«Le temps n’est plus à l’activisme sur Atos», estimait cet investisseur londonien interrogé par L’Agefi début août. Traduction : la société de services numériques, fragilisée en Bourse à cause d’une gouvernance chahutée, avec une action divisée par neuf en cinq ans, fait figure de proie, en vue d’une possible partition. Les noms d’au moins deux prédateurs, présents dans le CAC 40, reviennent avec régularité, dont l’un avec insistance. Si l’action Atos a profité au cœur de l’été de l’annonce d’un accord bancaire pour financer son plan de redéploiement, l’essentiel du terrain a déjà été reperdu, avec un titre proche de ses plus bas.

Enfin, sur le terrain de la gouvernance, la quête d’un successeur pour Frédéric Oudéa, à la tête de la Société Générale devrait gagner en intensité cet automne. Solution interne ou externe, voire un retour d’un des anciens cadres dirigeants ? Les hypothèses vont bon train. Le profil retenu sera forcément scruté par le marché et… les concurrents, avides de comprendre la future feuille de route de la banque qui figure parmi les plus décotées de la zone euro. Lorenzo Bini Smaghi, le président de la banque de La Défense, a promis une clarification dès cet automne. L’heure tourne.