Les dividendes commencent à se déconfiner

Olivier Pinaud
Après les coupes claires du printemps, certains groupes en bonne santé relancent leur politique de rémunération actionnariale. La deuxième vague risque de tuer la reprise dans l'œuf.

Coupés sèchement lors du choc économique de la première vague de Covid-19 – 40% des entreprises du Stoxx 600 ont taillé ou supprimé leurs dividendes depuis mars –, la question de la rémunération des actionnaires fait son retour en Europe.

Selon un décompte arrêté en fin de semaine dernière par les stratèges actions de Barclays, sur les 144 sociétés du Stoxx 600 qui avaient publié leurs résultats trimestriels, 15% ont relancé leur politique de dividende et 16% réfléchissent à le faire. «Le meilleur niveau d’activité, et une performance opérationnelle (peut-être) étonnamment bonne même au plus fort de la crise, a donné à certaines entreprises suffisamment de confiance dans leurs finances et leurs perspectives pour réinitier prudemment leurs dividendes», explique Barclays.

Les annonces de reprise du dividende sont logiquement concentrées dans certains secteurs, comme les utilities, les biens de consommation courante ou les télécoms, dont les revenus sont peu pénalisés par la pandémie. La semaine dernière, Orange a réservé une bonne surprise à ses actionnaires en annonçant le retour à un dividende de 70 centimes au titre de 2020 avec un acompte majoré de 40 centimes dès cette année. Au printemps, en pleine première vague, l’opérateur avait coupé son dividende au titre de 2019 à 50 centimes par action. LVMH, qui avait entaillé de 30% son dividende 2019, a lui prévu de verser un acompte de 2 euros par action en décembre prochain au titre de 2020.

D’autres groupes piaffent d’impatience, principalement les banques. Ces derniers jours, plusieurs établissements, notamment espagnols ou suisses, se sont dits prêts à reprendre le versement d’un dividende, à condition que leur régulateur bancaire leur donne le feu vert. La BCE doit se prononcer sur cette question mi-décembre. La deuxième vague épidémique, et les conséquences qu’elle aura sur la santé des entreprises, risquent toutefois de peser dans la décision des régulateurs.

Plus largement, cette résurgence de dividende survivra-t-elle à la deuxième vague ? Les futures sur dividendes, qui donnent une idée des prévisions des investisseurs en la matière, s’étaient nettement redressés depuis le trou du mois d’avril. Celui pour les dividendes de 2021 était par exemple passé de 47 début avril à 80 mi-octobre. Mais il a commencé à rebaisser ces derniers jours, tout comme celui pour les dividendes 2022.