Les cryptomonnaies sont incapables de jouer les valeurs refuges

Pauline Armandet
Avec la guerre en Ukraine, le marché des cryptoactifs, de plus en plus corrélé aux marchés boursiers, subit comme les autres une sévère correction.

Depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie le 24 février à l'aube, la capitalisation du marché des cryptomonnaies est passée de 1.650 milliards à 1.500 milliards de dollars. Sur les dernières 24 heures, les 10 principales cryptomonnaies sont en chute libre, le bitcoin a perdu 10% de sa valeur, entraînant d'autres cryptoactifs dont l'ether, le binance coin et ripple.

La corrélation entre le Nasdaq et les cryptomonnaies «atteint des niveaux historiques, notamment après l'investissement massif des institutionnels sur le marché des actifs numériques ces derniers mois», souligne Laurent Pignot, analyste financier chez Zonebourse. A ce jour, le coefficient de corrélation est de 0,77, contre 0,4 en décembre et 0,2 en novembre dernier. Un niveau de 1 indique une relation linéaire positive parfaite.

Les cryptomonnaies sont «considérées comme un actif à risque. Ce sont les premiers actifs que les investisseurs vont vendre, ils vont engendrer plus de perte que des valeurs défensives», précise l’analyste financier. Une telle baisse reste cependant à relativiser. Le bitcoin avait déjà perdu 75 % de sa valeur entre 2017 et 2018 avant de s'envoler. Plus récemment, sa valeur a été divisée par deux, passant de 68.000 dollars en novembre dernier, à environ 35.000 dollars jeudi.

Alors que les partisans du bitcoin estiment que cet actif peut être considéré comme une valeur refuge au même titre que l’or, difficile d’envisager un tel scénario à ce stade. «Je ne pense pas que le bitcoin puisse servir de valeur refuge en cas de conflit car il reste trop volatil et très corrélé aux actifs spéculatifs risqués», souligne Vincent Boy, analyste chez IG.

Les tensions actuelles interrogent aussi sur l’usage de cette cryptomonnaie en Russie comme en Ukraine. Si les Etats-Unis coupent Moscou des règlements en dollars, «le bitcoin pourrait être un moyen d'effectuer des virements internationaux», considère Vincent Boy. Autre hypothèse en cas de sanctions lourdes, la Russie pourrait «réglementer plus favorablement le bitcoin, ce qui pourrait avoir comme conséquence un environnement plus porteur pour les cryptomonnaies dans ce pays», considère Laurent Pignot. De même, le 17 février, le gouvernement ukrainien a adopté une loi visant à légaliser les cryptomonnaies, autorisant ses citoyens à détenir, gérer et utiliser les actifs numériques.