Baromètre

Les CGP toujours dans l’action

Les CGP ont cette année fait des choix. Notamment en se montrant critiques vis-à-vis des fonds patrimoniaux
En matière d’actions, ils ont réduit la voilure à partir de février, mais leur poids n’a jamais été aussi élevé

Les conseillers en gestion de patrimoine reprennent la main. Tel est l’enseignement résultant des observations et analyses du Portfolio Research & Consulting Group (PRCG) que vient de publier Natixis Investment Managers couvrant la période de juin 2017 à juin 2018. Cet état de fait se manifeste de différentes façons, dont la plus spectaculaire reste le désamour pour les fonds patrimoniaux. « Les CGP ont perdu patience avec ces fonds qui n’ont ni su anticiper les changements sur les marchés, ni apporter le coussin de performance attendu », explique Julien Dauchez, responsable Consultants au sein de l’équipe PRCG. Certes, le mouvement est récent, mais les résultats, et l’actualité autour de fonds phare comme Carmignac Patrimoine dont Édouard Carmignac vient d’annoncer la co-gestion de la part actions, ou Fidelity Patrimoine, dont David Ganozzi, son gérant, vient de passer la main, mettent en évidence les temps délicats traversés par ces produits. Et le phénomène semble généralisé. « L’allocation aux fonds dits patrimoniaux est en nette baisse depuis juin 2017, tous profils de risque confondus », confirme le baromètre établi sur l’analyse de 134 portefeuilles types de CGP – dont 39 ont été qualifiés de « prudents » par les conseillers, contre 57 portefeuilles dits « modérés » et 38 dits « dynamiques ».

Dans ce cadre, vers quels types de fonds les CGP se tournent-ils désormais ? Selon le baromètre, ces derniers ont repris le pilotage de leurs portefeuilles en procédant à des réallocations en 2018. Ils se sont notamment intéressées à des stratégies prudentes d’arbitrage de taux et de change. Leur allocation moyenne est ainsi passée de 8 % à 11 % dans les portefeuilles dynamiques, tandis qu’elle est passée de 6 % à 10 % dans les portefeuilles modérés, dès lors que les stratégies alternatives en question restent de risque modéré (principalement les stratégies obligataires à performance absolue) et, enfin, elle est restée stable autour de 15 % pour les portefeuilles équilibrés. De fait, ce sont les stratégies non-directionnelles qui sont ainsi devenues la première source de performance de ces portefeuilles. Cela étant, les conseillers jouent aussi la carte de la complémentarité des stratégies, « leur volonté étant de diversifier leurs investissements en prenant soin à ce qu’ils offrent un effet réellement décorrélant », précise Julien Dauchez. Côté produits de taux, le baromètre pointe une poursuite du processus de réduction de la duration et une réduction de l’allocation aux produits obligataires conventionnels. Cette opération s’est faite au profit de fonds de crédit court terme ou des fonds obligataires à gestion flexible ou « non-benchmarkés » .

Reste la question de l’appétence pour le risque des CGP matérialisée par le poids des actions dans leurs portefeuilles. Dans ce cadre, le baromètre met en évidence deux enseignements importants. Tout d’abord une allocation aux fonds actions « historiquement élevée démontrant un changement de comportement vis-à-vis d’une classe d’actifs longtemps boudée en France ». Sur l’année écoulée, l’allocation aux OPC Actions est en hausse de 4 % en moyenne sur les trois profils de risque. Avec quelques éléments remarquables dans la nature de l’exposition aux actions qui méritent d’être soulignés, notamment la présence de fonds sectoriels plutôt recherchés, surtout dans le domaine de la technologie, de la santé et de la pharmacie. Les fonds d’actions européennes ont également eu les faveurs des CGP français, et ce au détriment des actions des pays émergents (en baisse de 1,5 % dans le portefeuille équilibré). Cela étant, pour les actions, il faut distinguer deux temps sur les douze mois écoulés. Un premier temps qui a pris fin en février 2018 durant lequel une prise de risque accrue a été constatée dans les portefeuilles. Puis un second à partir duquel les CGP ont privilégié une allocation plus prudente. « Cette dernière stratégie vaut toujours dans la mesure où l’interférence du politique dans l’économie est désormais bien compris, à l’image des tensions commerciales entre chinois et américains », relève Julien Dauchez.