Les banques tirent bénéfice des plateformes de dépôt

Bertrand De Meyer
Des risques spécifiques liés à la stabilité des dépôts issus de ces plateformes existent. Tout comme un risque réputationnel pour les banques, à l’image de l’affaire Greensill.

Le rôle de l’épargne accumulée durant la pandémie s’affirme comme central dans la relance. Mais ses conséquences sur l’économie sont déjà à l'œuvre, notamment dans la manière dont les ménages ont géré leurs dépôts (8,4 milliards d’euros dans la zone euro). Les plateformes en ligne qui recouvrent les produits d’épargne de différentes banques se sont affirmées en 2020, à l’image de celles exploitées par les fintechs allemandes Raisin et Deposit Solutions (30 milliards d’euros attirés depuis leur création) qu’a étudiées S&P Global Ratings dans une note. Elles proposent ainsi soit une plateforme directe, en relation avec le client, soit une plateforme indirecte, intégrée dans l’offre d’une banque, à travers lesquelles les clients peuvent placer les dépôts dans différentes banques via internet.

Une rémunération à 0,40%-0,50%

Ce qui n’est pas sans intérêt pour ces banques : «Depuis quelques années, les plateformes de dépôts ont donné un moyen aux banques de se débarrasser des dépôts dans un univers de taux bas tout en conservant la relation client», rapporte ainsi Gabriel Zwicklhuber, analyste crédit chez S&P Global Ratings. Il s’agirait donc d’un système gagnant-gagnant, les banques relâchant la pression sur les marges en cherchant de meilleurs rendements, au bénéfice des épargnants aussi qui peuvent faire jouer la concurrence plus facilement. «En moyenne, les offres sur Raisin et Deposit Solutions paient actuellement 0,40%-0,50% sur les dépôts à terme d’un an, alors que de nombreuses banques ne paient presque rien» explicite la note. Concrètement, l’analyste explique : «Les clients prennent plusieurs facteurs en compte concernant les taux lors des dépôts. L’un national, en comparant les différents taux offerts par les banques domestiques, l’autre paneuropéen en comparant les niveaux de taux à travers les pays d’Europe.  »

Volatilité accrue

Des inconvénients existent toutefois du côté des banques. Les dépôts réalisés à travers les plateformes sont moins stables et plus dépendants de la confiance et du niveau des taux. En cas de situation de stress, le modèle des plateformes rend plus facile pour les épargnants d’exclure leurs dépôts d’une banque, nourrissant la volatilité. Un risque réputationnel est lié aux pertes potentielles pour les plateformes, et par extension pour les banques derrière en cas de plateforme indirecte notamment.

Au-delà des avantages et des inconvénients de ces nouveaux acteurs, ce sont les conséquences sur le secteur qui questionnent. «Les dépôts des consommateurs sont la source de financement la plus stable depuis des décennies et des dépôts stables sont sains pour les banques. Mais l’émergence de plateformes pourrait apporter de la volatilité sur le marché avec des clients qui pourraient changer leurs dépôts en un clic», analyse Markus Schmaus, directeur chez S&P Global Ratings. «La question en or est de savoir ce qu’il adviendra des plateformes de dépôts lorsque l’Union européenne adoptera une assurance-dépôts paneuropéenne et que l’Union bancaire verra le jour», conclut la note.