Les autorités durcissent le ton sur le dividende des banques

Franck Joselin
La secrétaire générale du Comité de Bâle s’est déclarée opposée à une levée immédiate des restrictions concernant le versement des dividendes des banques.

La partie est loin d’être jouée. Alors que la Banque centrale européenne (BCE) doit statuer en décembre sur la possibilité pour les banques de verser à nouveau des dividendes, Carolyn Rogers, la secrétaire générale du Comité de Bâle a déclaré au Financial Times qu’il était bien trop tôt pour envisager une levée de cette mesure de restriction.

C’est une déception pour les banques qui espéraient pouvoir rapidement servir leurs actionnaires. Ces déclarations, issues qui plus est d’une voix qui porte, montrent bien qu’une reprise du versement des dividendes dès janvier est loin d’être actée. «Nous avons l'impression d'assister à un changement de ton en faveur d’un maintien des restrictions que nous ne percevions pas avant, un changement peut être lié en partie à l'arrivée de la deuxième vague de la pandémie», note Gille de Bourrousse analyste chez Octo Finance.

Possible hausse des défauts

Il n’est pas illogique que les autorités se montrent prudentes. «Il serait compréhensible que les autorités attendent un peu avant de permettre aux banques de distribuer des dividendes ou de racheter leurs actions. En effet, les politiques de soutien des banques centrales et des gouvernements ont eu un effet amortisseur et ont décalé dans le temps l'impact sur les comptes des banques», explique Gille de Bourrousse. Dans les prochains mois, la crise sanitaire qui se prolonge et la fin des premières mesures gouvernementales pour soutenir les entreprises pourraient entraîner une hausse des défauts et un renchérissement du coût du risque des banques. S&P Global Ratings estime même, dans une note publiée le 17 novembre, que l'année 2021 pourrait être la plus difficile depuis 2009 pour le secteur bancaire.

Il n’empêche que depuis plusieurs semaines, et de manière plus appuyée depuis la publication de leurs résultats pour le troisième trimestre, les banques sont nombreuses à faire pression pour un retour à la normalité sur les dividendes et les rachats d’actions. Les mieux loties mettent en avant non seulement la solidité de leurs bilans, qui leur permettrait de le faire, mais aussi leur perte de compétitivité sur les marchés boursiers face à leurs homologues américaines. Ce discours, s’il était audible avant le deuxième confinement, a maintenant moins de poids auprès des autorités.