Les assureurs s’apprêtent à prendre plus de risque

Laurence Pochard
Les investisseurs des compagnies d’assurances sondés par Goldman Sachs Asset Management recherchent tous davantage de rendement.

L’envie de liquidité reflue face au goût du risque chez les assureurs. Selon les 286 décideurs financiers au sein de compagnies d’assurance représentant 13.000 milliards de dollars (10.827 milliards d’euros) d’actifs interrogés par Goldman Sachs Asset Management (GSAM) pour sa dixième étude du genre, le risque va augmenter dans leurs portefeuilles.

«L’étude montre une réorientation vers plus de confiance dans le futur, plus de prise de risque, constate Etienne Comon, responsable de l’activité d’assurance chez Goldman Sachs Asset Management. Il y a cependant des nuances dans les actifs recherchés : le private equity arrive en tête de liste aux Etats-Unis alors qu’en Europe l’investissement en dette et en capital d’infrastructure est favorisé. Cela reflète une prise de risque plus mesurée de la part des assureurs européens.»

Le poids des contraintes prudentielles régionales joue évidemment dans ces différences. Quant au goût des Européens pour l’infrastructure, GSAM le précise en notant un glissement de la dette (30% veulent y investir) vers le capital (32%), qui offre plus de valeur tout en restant dans le budget de risque des assureurs.

Et bien que les assureurs américains plébiscitent les collateralized loan obligations (CLO), les européens les boudent, les jugeant peu attirantes en termes de solvabilité. Les Européens sont aussi peu friands de fonds indiciels cotés (exchange-traded funds, ETF), essentiellement parce que leur rotation rapide crée des gains et des pertes qui affectent les résultats comptables. Les assureurs du Vieux Continent leur préfèrent donc des fonds dédiés pour piloter le résultat comptable en gardant de la flexibilité, selon GSAM. On retrouve toutefois de plus en plus d’ETF dans les unités de compte d’assurance vie en Europe.

La récession s’éloigne

62% des répondants à l’enquête ne voient pas de récession intervenir avant au moins trois ans. «Contrairement à l’année précédente où l’opinion générale nous situait à proximité de la fin du cycle de crédit (80%), cette année seuls 48% des sondés le pensent, remarque Etienne Comon. Le cycle de crédit s’est allongé avec l’approche de la phase de reprise à la sortie du confinement. Le taux de défaut latent existe mais semble repoussé à moyen terme. Ce sont de bonnes nouvelles, mais elles sont déjà anticipées dans les prix avec des spreads très étroits. La dette privée bénéficie pour sa part toujours d’une prime de risque significative même en évitant les secteurs comme l’hôtellerie, le tourisme ou l’énergie.» Ici encore les Européens se distinguent : ils sont 69% à penser être en fin de cycle, contre 39% des assureurs américains.

Le dernier aspect où les assureurs européens se démarquent est l’importance des critères ESG et de l’investissement à impact : ils sont 28% à considérer ces points comme un critère primaire d’investissement, loin devant l’Asie (12%) et l’Amérique (5%). Pourtant, la majorité des sondés s’accorde encore à déplorer le manque d’accès à des données fiables et standardisées sur ces critères.