Les analystes prévoient un fort rebond des bénéfices en Europe l’an prochain

Yves-Marc Le Réour
Sauf reconfinement généralisé, les résultats du deuxième trimestre devraient constituer un plancher pour les entreprises cotées dans la région.
(Pixabay)


L’incertitude majeure provoquée par la crise sanitaire a conduit les analystes à une prudence extrême dans leurs prévisions de résultats. Alors que la saison de publication des comptes trimestriels débutera la semaine prochaine en Europe, le consensus table actuellement sur un plongeon record d’environ 60% des bénéfices par action (BPA) au deuxième trimestre 2020 dans la zone euro en rythme annuel. A titre de comparaison, ces BPA avaient chuté de 40% au deuxième trimestre 2009, au plus fort de la dernière crise financière mondiale. «Hormis un reconfinement généralisé, le trimestre écoulé devrait constituer un plancher pour les résultats des entreprises», commentent les analystes d’UBS.

Les investisseurs porteront une attention particulière aux perspectives d’activité fournies par les sociétés au cours des prochaines semaines. «De façon surprenante, nous avons constaté qu’un tiers des entreprises européennes avaient maintenu ou relevé leurs objectifs financiers lors de la publication des résultats du premier trimestre», soulignent ces analystes.  Depuis le début de l’année, le consensus pour l’exercice en cours a été abaissé de 38% pour les BPA de la zone euro. Ce mouvement de révision a été particulièrement fort dans le secteur des transports, de l’énergie et de l’automobile.

Alors qu’il misait sur une nette hausse en janvier dernier, le consensus table désormais sur une chute de 29% des bénéfices des sociétés de la zone euro pour 2020, suivie d’un rebond de 33% l’an prochain. En retenant cette hypothèse, les BPA de l’exercice 2021 reviendraient presque à leur niveau de 2019, avec un écart négatif de seulement 5%. Tout en prévoyant «une progression du résultat d’exploitation des entreprises 4 fois plus rapide que celle de leur chiffres d’affaires l’an prochain», les analystes d’UBS anticipent un redressement un peu plus lent qui déboucherait sur un écart de bénéfices de 16% entre 2019 et 2021.

En parallèle, les dividendes par action devraient chuter de plus de 20% cette année, les révisions à la baisse n’étant sans doute pas terminées. «La réglementation, le niveau élevé des aides publiques et les pressions politiques se combineront pour rendre le lien entre dividendes et bénéfices encore plus complexe à analyser en 2020», relève la banque helvétique. Elle juge que le rallye boursier visible depuis fin mars n’est pas lié à la dynamique à court terme des résultats mais à la décision des investisseurs de miser sur un nouveau cycle de croissance débutant l’an prochain. Dans ce contexte, elle délaisse l’analyse traditionnelle opposant valeurs cycliques et défensives en la remplaçant par une distinction entre les secteurs financièrement solides qui n’ont pas été affectés par la crise du Covid-19 et ceux qui y ont été exposés.

Les analystes de Barclays partagent cet optimisme relatif en estimant que «la plus grande partie des révisions à la baisse des résultats pour 2020 a été effectuée». Etant donné la progression inégale du Covid-19 selon les régions, ils anticipent néanmoins des prévisions financières toujours imprécises de la part des entreprises européennes qui mettront l’accent sur les baisses de coûts. «Le redressement des bénéfices sera progressif au second semestre et un retour à une croissance positive des BPA en rythme annuel n’est pas attendu avant le premier trimestre 2021. » Malgré une forte contraction de leur marge d’exploitation prévue au deuxième trimestre, les entreprises de la zone euro et leurs homologues britanniques pourraient tirer parti de la dépréciation temporaire de leur devise par rapport au dollar. Ils estiment donc que le potentiel des actions européennes à court terme est supérieur à celui des actions américaines.