Les actions ne protègent pas contre toutes les inflations

Xavier Diaz
Les actifs risqués permettent de se couvrir contre l’inflation tant qu’elle reste modérée.

Le débat entre inflation transitoire et inflation transitant vers un régime plus élevé n’est pas près de s’éteindre. Quelle que soit son issue, les investisseurs s’interrogent d’ores et déjà sur la bonne attitude à adopter en cas de phénomène plus durable.

Les actions se révèlent être un bon actif de couverture. Mais ce hedge n’est pas parfait. Cela dépend du niveau de l’inflation. Les stratégistes cross asset de Natixis distinguent entre inflation modérée (aux Etats-Unis, en ligne avec la cible actuelle de la Fed, soit un core PCE entre 2% et 3%) et une inflation forte (core PCE compris entre 3% et 6%), dans une étude consacrée à l’inflation.

«En période d’inflation modérée, les actifs risqués ont relativement bien performé sur longue période», relèvent Florent Pochon et Emilie Tetard, avec des ratios de Sharpe positifs pour les indices d’actions américaines, le MSCI Monde et la quasi-totalité des secteurs. Mais c’est aussi le cas pour le baril de pétrole et plus globalement les matières premières (indice GSCI), hors cas notable de l’or, qui réagit mieux quand l’inflation est plus élevée. «En période d’inflation élevée au contraire, la quasi-totalité des actifs ont souffert historiquement, à de rares exceptions comme les ‘small caps’, le secteur actions immobilier, l’or, le pétrole et le dollar», poursuivent les stratégistes de Natixis.

Historiquement, les actions n’ont pas été un bon hedge dans les phases d’inflation élevée. «Les cycles d’inflation ont souvent été le principal moteur de l’évolution des multiples de valorisation des actions, note Binky Chadha, stratégiste chez Deutsche Bank. La plupart des moments où les multiples ont été bas sont liés à des périodes d’inflation élevée.» Dans les années 1970, le PER du S&P 500 a atteint un point bas de 5. Binky Chadha estime de 5% à 10% l’impact sur les actions d’une hausse de 1 ou 2 points de l’inflation, mais la correction pourrait atteindre 20% si la Fed est contrainte de réagir.

La valorisation des actions diminue parce que les investisseurs réclament un rendement plus élevé, comme pour les obligations. Les stratégistes de Natixis constatent également une hausse des primes de risque et des indicateurs de stress dans le cas d’une inflation forte qui affecte l’ensemble des actifs. En revanche, une inflation modérée, comme elle est plutôt favorable au cycle, l'est aussi à l'égard des actions.

Les actifs réels (immobilier, or et pétrole) et les valeurs moyennes américaines semblent offrir la meilleure protection face à une forte inflation même si, pour l’heure, la crainte est surtout celle d’une inflation transitoire liée au cycle.