Les actions européennes confirment leur bonne forme

Xavier Diaz
Les places boursières ont accentué leur rebond en Europe, battant les marchés américains grâce aux cycliques. Mais les valorisations sont tendues.
(Bloomberg)

Les investisseurs européens ont chaussé leurs lunettes roses. Les places boursières ont accentué leur rebond et font mieux que les marchés américains depuis mi-mai. Hier, la publication d’un indice PMI Caixin/Markit montrant une nette amélioration de la situation dans le secteur des services en Chine a renforcé l’espoir des opérateurs que l’économie pourrait rapidement repartir.

L’anticipation d’une augmentation du programme de rachat d’actifs d’urgence de la Banque centrale européenne, lors de la réunion de son conseil des gouverneurs ce jeudi, a donné un vrai coup d’accélérateur aux actions européennes. L’indice Euro Stoxx 50 a bondi de 3,45%, à 3.268,04 points. A Paris, l’indice CAC 40 a repris 3,27%, et dépasse le seuil des 5.000 points, pour la première fois depuis le 9 mars dernier. La Bourse de Francfort fait encore mieux avec un gain de 3,88%, de sorte que l’indice Dax revient à 6% de son niveau de début d’année. Même si les autres indices sont encore loin, le rattrapage des Bourses européennes s’est clairement accentué, aidé par un déconfinement qui se déroule pour le moment sans deuxième vague de contagion et une économie, certes touchée, mais qui pourrait rapidement redémarrer, si l’on en juge la reprise de l’activité en Chine, ainsi que par l’annonce du fonds de relance commun européen de 750 milliards d’euros. Les investisseurs semblent ignorer les tensions entre Washington et Pékin et les émeutes aux Etats-Unis.
Rotation sectorielle

Au cours des deux dernières semaines, le rebond des actions européennes a pris un nouveau tour car leur performance dépasse désormais celle des marchés américains (+16,9% pour l’Euro Stoxx 600 et +19,3% pour le Dax, contre 9,2% pour le S&P 500), pourtant moteur de la reprise du marché actions en avril et début mai. Dans un premier temps, ce sont les valeurs de croissance, et notamment la technologie ou la santé, qui ont été privilégiées par les investisseurs, ce qui a favorisé le marché américain. L’indice S&P 500 a été tiré par les dix mégacap de croissance (150 milliards de dollars de capitalisation et rendement annuel de 20% sur 5 ans) qui représentent 27% de l’indice. Binky Chadha, responsable de l’allocation d’actifs chez Deutsche Bank, rappelle que les Microsoft, Apple, Amazon, Google, Facebook, Visa, Mastercard, Netflix, Nvidia et Adobe ont dépassé leur pic d’avant Covid-19 et qu’ils progressent en moyenne de 15% depuis le début de l’année quand les autres valeurs de l’indice reculent encore de 15%.

Mais ces dernières semaines les thématiques cycliques et value, plus présentes sur les marchés européens, sont plébiscitées par les investisseurs. «Depuis quelques séances la bourse remonte rapidement sur fond d'amélioration de la pandémie mais il y a surtout une rotation sectorielle impressionnante», souligne Stéphane Déo, stratégiste chez LBPAM. Depuis le 22 mai, les 60 valeurs de l’indice Stoxx 600 affichant la meilleure performance (+18% en moyenne) sont aussi celles qui avaient la pire entre le début de l’année et cette date, tandis que les 60 ayant eu la meilleure performance depuis le début de l’année ne gagnent que 0,2%.

Au-delà de cette reprise récente des cycliques, les marchés actions ont surtout bénéficié d’un appel d’air salutaire des banques centrales avec l’injection massive de liquidités mais aussi de facteurs techniques. «Les investisseurs étaient restés prudents depuis le début de la crise, constate Alexandre Hezez, stratégiste chez Banque Richelieu. Le niveau de couverture des portefeuilles était très élevé. Dès que le marché a progressé, ces couvertures ont progressivement été débouclées, accentuant ainsi la hausse».

Pas d'alternative

Surtout, l’intervention des banques centrales et la perspective de taux bas, voire négatifs, pendant encore longtemps laisse aux investisseurs peu de choix pour redéployer les importantes réserves de cash dans leurs portefeuilles. «Deux phénomènes s’ajoutent à la perspective de nouveaux soutiens : TINA (There Is No Alternative) et FOMO (Fear Of Missing Out), écrivent les gérants d’Investeam. Le premier a ressurgi ces dernières semaines : dans un univers de taux très bas, les investisseurs se ruent sur les classes d’actifs les plus rémunératrices (pour un risque plus élevé), à savoir le marché actions plutôt que le marché obligataire. Quant au second (FOMO), il apparaît souvent après une baisse prononcée des marchés et un regain d’optimisme sur le contexte du moment : c’est la peur de rater le train de la hausse, à savoir de manquer des opportunités d’achat».

Le hic est que cette nouvelle hausse des actions porte la valorisation à des niveaux que l’on n’avait pas vus depuis 2000 en raison de la forte révision en baisse des prévisions bénéficiaires. «Euphorie indue ?», s’interroge Stéphane Déo. Peut-être, mais les fondamentaux s'améliorent aussi, note ce stratégiste. «Un bon témoin de cela est le marché des matières premières et du prix du cuivre en particulier, souvent vu comme un indicateur pertinent du cycle, explique-t-il. Il nous dit que la progression de la bourse européenne est tout à fait en ligne avec l'amélioration des fondamentaux», justifiant une rotation sectorielle. Mercredi, l’automobile et le secteur des assurances soutenaient la hausse. Deutsche Bank est passée à neutre sur les valeurs technologiques car leur valorisation intègre déjà tout leur potentiel au profit de la croissance cyclique : banques, industrie et énergie. Les stratégistes actions de Barclays ont réduit leur positionnement sur la santé et accru celui sur les valeurs bancaires.

Toutefois, de nombreux spécialistes s’interrogent sur la poursuite du mouvement de hausse. Pour Emmanuel Cau, chez Barclays, le potentiel semble désormais limité après le récent rallye : «Les indices sont désormais proches de nos objectifs de fin d’année, les PER (multiples de capitalisation des bénéfices) sont à des plus hauts depuis des années, le rachat des couvertures vendeuses est bien engagé, le ratio put/call est de retour sur son plus bas, le marché n’est plus survendu tandis que les craintes de hard Brexit et les tensions entre la Chine et les Etats-Unis refont surface». Les gains faciles sont sans doute passés et les actions sont désormais vulnérables à la moindre mauvaise nouvelle.