Les actifs financiers des ménages ont bondi de 10% en 2020

Les flux d'épargne ont presque doublé au niveau mondial. Comme en France, ils ont majoritairement alimenté les dépôts bancaires.

Allianz a dévoilé le 7 octobre la 12e édition de son « Global wealth report ». Celui-ci a scanné les actifs et dettes des ménages dans près de 60 pays pour l'année 2020. « L'économie mondiale a fait l’expérience de la récession la plus grave depuis la Seconde Guerre mondiale, rappellent les auteurs. Dans le même temps, les politiques monétaire et budgétaire ont mobilisé des sommes inimaginables pour soutenir l'économie, les marchés et les populations. »

Des politiques de soutien payantes

Selon eux, ces politiques ont permis au patrimoine des ménages de « résister » à la crise du Covid-19. Ils s'appuient sur le fait que les actifs bruts mondiaux aient augmenté de 9,7% en 2020, atteignant la barre des 200.000 milliards d'euros. 

Les flux d'épargne ont bondi de 78% au niveau mondial pour atteindre 5.200 milliards d'euros, dont la moitié sont allés sur des dépôts bancaires (+187% par rapport à l'année précédente). En comparaison avec la crise financière de 2008 où les dépôts bancaires mondiaux avaient augmenté de 8%, ils ont cette fois bondi de 11,9%. Les valeurs mobilières ont grimpé de 10,9%, les actifs d'assurances et les fonds de pension de 6,3%. 

En France, l'augmentation des actifs financiers tourne autour de 5,7%, dans la moyenne régionale de l'Europe occidentale. Comme ailleurs, les dépôts bancaires sont le principal moteur de cette hausse et concernent 60% de l'épargne nouvellement créée : les flux de dépôts bondissent de 83%, le stock de 9,8%. Les valeurs mobilières arrivent en haut du podium des classes d'actifs dans une bien morne compétition : les 28 milliards d'euros investis sur les marchés boursiers représentent 20% des montants déposés sur les comptes courants et la classé d'actifs ne progresse que de 2,9% en 2020, contre 13,1% en 2019. Les actifs d'assurances et de fonds de pension ne croissent eux que de 3,1%, engrangeant moitié moins de flux d'épargne que l'année précédente. Ils restent en stock la classe d'actifs la plus populaire - les assureurs peuvent remercier l'assurance vie - avec une part de portefeuille de 36%.

La dette des ménages français (5,2%) a augmenté au-delà de la moyenne régionale (3%). Le taux d'endettement des ménages a même bondi à 81%. La France se maintient cependant toujours à la 15e place du classement les 20 pays avec le plus d'actifs financiers par habitant. 

Les pays émergents rattrapent leur retard

Les actifs financiers des marchés émergents (+13,9%) ont de nouveau progressé plus rapidement que ceux des pays riches (+10,4%). Les auteurs du rapport restent cependant prudents quant à un retour du processus de réduction des écarts de richesse : « certains éléments indiquent que les conséquences et les défis à long terme liés à cette crise - vaccination insuffisante, nécessité de reconfigurer les chaînes d'approvisionnement en opérant une transformation numérique et écologique - pourraient principalement défavoriser les pays les plus pauvres. »

Les transferts sociaux auraient en 2020 permis de réaffirmer le poids des classes moyenne dans la richesse nationale. Avec la fin des aides publiques et la moindre protection des entreprises, la tendance ne s'inscrira pas forcément dans la durée. La dégradation importante de la scolarité pendant la pandémie pourrait même bloquer davantage l'ascenseur social. 

« Le véritable défi pour ces pays se situe dans l’héritage structurel de cette crise: ces derniers se retrouveront dans un monde post-pandémique où il leur sera de plus en plus difficile de faire jouer leurs avantages comparatifs (notamment les faibles coûts de production), compte tenu de changements durables qui concerneront des technologies plus protégées, des politiques commerciales plus défensives et des modes de vie plus respectueux de l’environnement », commente Patricia Pelayo Romero, co-auteur du rapport. 

Une croissance de 7% attendue pour 2021

Sauf correction boursière majeure, Allianz indique que les actifs financiers devraient croître de 7% au niveau mondial en 2021. « Au lieu d’envisager l’épargne comme une variable résiduelle, les ménages devraient investir de manière active dans leur retraite et dans l’économie de la transition verte, reproche Ludovic Subran, chef économiste du groupe Allianz. Dans l’éventualité où les ménages commenceraient à désépargner suite à un rétablissement de la confiance, l'argent qui stagne actuellement, pourrait finalement se retrouver dans une consommation de rattrapage, alimentant par là-même le risque inflationniste. Nous avons besoin de toute urgence d'une nouvelle "culture de l'épargne