L’épargne des ménages va continuer de gonfler

Xavier Diaz
Après avoir atteint un niveau historiquement élevé, le bas de laine des particuliers va encore augmenter tant que l’incertitude persistera. Ce qui pèse sur la croissance.

L’épargne accumulée par les ménages depuis le début de la crise n’est pas près de se transformer en consommation ou en investissement. Rien qu’au premier semestre, 230 milliards d’euros ont gonflé les bas de laine des particuliers européens (2,2% du PIB), estiment les économistes de Barclays. Le taux d’épargne a atteint un record de 24,6% fin juin dans la zone euro, selon Eurostat. Aux Etats-Unis, Barclays estime entre 800 et 1.200 milliards de dollars l’épargne supplémentaire accumulée (5% de PIB).

Malgré la réouverture des économies depuis plusieurs mois, le niveau d’épargne devrait rester élevé. Si une partie importante de l’épargne accumulée au premier semestre s’explique par l’impossibilité d’effectuer certains achats, pour certains économistes, la part d’épargne de précaution n’est pas si négligeable. Chiara Angeloni, chez Bank of America (BoA), l’estime à 40% : «Notre analyse montre qu’environ 30% de l’évolution du taux d’épargne au deuxième trimestre par rapport au quatrième de 2019 est motivée par la hausse des anticipations de chômage» tandis que l’incertitude globale (mesurée par le Vix et l’indice d’incertitude politique) ajoute au besoin de se constituer une épargne de précaution.
Précaution

Compte tenu du niveau toujours élevé d’incertitude, rien ne justifie une évolution de cette tendance. «Le niveau élevé d’incertitude économique nous fait penser que l’épargne de précaution est restée élevée au troisième trimestre. La croissance des dépenses des ménages devrait donc rester limitée après le rebond du troisième trimestre», affirme Clemente Delucia, économiste chez Deutsche Bank (DB). Le taux d’épargne devrait s’être maintenu à 20%, selon DB. C’est l’incertitude entourant l’évolution des revenus et de l’emploi qui pèse sur la confiance des ménages. Une incertitude renforcée par la diminution de certains dispositifs de maintien des revenus (chômage partiel, notamment), relève Barclays. «Tant que l’incertitude persistera le taux d’épargne restera élevé», ajoute BoA. Ce qui pèse au final sur la consommation et donc la croissance, avec un scénario d’affaiblissement du rebond au quatrième trimestre. «L’incertitude concernant les revenus et le marché du travail encourage les ménages à augmenter leur épargne de précaution et il faudrait des nouvelles particulièrement favorables sur ces deux fronts pour qu’ils se montrent plus confiants sur le futur et qu’ils augmentent leurs dépenses», selon DB. Pour l’heure, ce bas de laine contribue à gonfler principalement les comptes de dépôts dans les banques.