L’économie risque gros en cas de retard dans la vaccination

Xavier Diaz
Le renforcement des mesures face aux variants va peser sur la croissance à court terme. Le rythme des vaccinations pose la question des conséquences plus structurelles.
(Pixabay)

Avec la multiplication des confinements en Europe, la probabilité d’une double récession au premier trimestre n’a jamais été aussi élevée. En Allemagne, les indicateurs de mobilité sont en chute libre. La baisse plus forte que prévu de l’indice Ifo du climat des affaires en janvier «s’explique par le renforcement des restrictions et le fait que les entreprises s’attendent à ce qu’elles durent après le 14 février», affirment les économistes de Deutsche Bank. Une campagne de vaccination jugée très poussive affecte également leur confiance. «L’espoir d'un déploiement rapide des vaccins semble s'être un peu estompé, retardant un assouplissement des restrictions par le gouvernement, note Stefan Schilbe, économiste chez HSBC. Des chiffres récents suggèrent que l'Allemagne est à la traîne des autres pays, avec seulement 1,95% de la population vaccinée au 22 janvier, bien moins que le Royaume-Uni (10,05%, 23 janvier) ou les États-Unis (6,2%, 23 janvier)».

Incertitudes sur l'efficacité des vaccins

Angela Merkel, de même que le gouvernement français, ont assuré que la population serait vaccinée d’ici cet été. Le doute s’installe sur ces prévisions, d’autant qu’après Pfizer, c’est AstraZeneca, dont le vaccin devrait recevoir le feu vert de l’Autorité européenne des médicaments pour la fin de la semaine, qui a indiqué réduire ses livraisons de vaccins à l’UE au premier semestre de 60% (31 millions de doses, pour 300 millions commandées et 336 millions d’euros), en raison d’un problème de production. Les explications fournies par le laboratoire ont été jugées insuffisantes par la Commission européenne, qui va réclamer de la part des sociétés ayant des usines dans l’UE de déclarer les ventes de vaccins hors de l’Union. Aux retards pris par les pays s’ajoutent donc les difficultés de production ainsi que l’incertitude entourant la capacité des vaccins à protéger contre les variants du coronavirus plus contagieux, notamment sud-africain et brésilien, alors que Merck a annoncé hier l’arrêt des développements sur ses vaccins candidats. Moderna a toutefois indiqué que ses vaccins protégeaient malgré une réponse moins efficace.

L’enjeu est important car la sortie des confinements, qui pourraient encore se durcir avec les variants (le plus pénalisant étant la fermeture des écoles), dépend de l’immunité collective, donc d’une vaccination suffisante de la population. Israël, qui a commencé plus tôt et qui a fortement vacciné, est un bon guide pour en voir l’évolution.

A ce stade, les prévisions de croissance pour cette année n’ont été que légèrement revues à la baisse par les économistes à 4,3% pour la zone euro, selon le consensus Bloomberg. L’effet des variants et la vaccination plus lente que prévu devraient aboutir à davantage de restrictions et plus d’à-coups d’activité qu’implicitement intégré dans ces prévisions. «Il y a d’abord l’effet à court terme, a observé Patrick Artus, chef économiste chez Natixis, lors d’une conférence du Cercle des économistes. Or on sait qu’un mois de confinement c’est 1 point de croissance en moins. En supposant que l’on ait deux mois assez stricts au premier semestre, on aurait donc au final une croissance de seulement 2-3%». La consommation commence déjà à être affectée par les nouvelles mesures mais aussi le secteur manufacturier car des goulots d’étranglement se créent en raison des restrictions.

Un retour à la normale décalé dans le temps

Mais au-delà des conséquences immédiates sur l’activité, le plus inquiétant pour les économistes sont celles à moyen terme, d’autant plus importantes que le retour à la normale est décalé dans le temps. «Nous aurons une normalisation beaucoup plus tardive de la production et des revenus mi-2023 et non plus en 2022 dans la zone euro, souligne Patrick Artus. Mais plus que le retour au niveau d’activité de 2019, c’est le différentiel par rapport à ce qu’aurait été le niveau de PIB sans la crise du Covid-19 et par rapport à la croissance potentielle qui est le plus grave». Et les conséquences seront particulièrement fortes pour les entreprises, qui vont devoir continuer à s’endetter. Cette dégradation des bilans beaucoup plus importante se conclura par plus de défaillances mais aussi par moins d’investissements, une fois sorties de la crise, les entreprises devant réparer leurs bilans. L’emploi sera durement affecté d’un point de vue quantitatif mais aussi qualitatif puisque cette crise hétérogène et concentrée va obliger de nombreux salariés à changer de métier, souligne Patrick Artus qui pose la question de la capacité à les former. Enfin, les politiques monétaires resteront accommodantes encore plus longtemps que prévu, ce qui pose la question de l’inflation des actifs financiers et de l’accès au logement et des inégalités de patrimoines.